des artistes chez l’habitant 2018 | les artistes

REGARDER L’AGRESTE PAYSAGE | les artistes

Anne-Marie JEANNOU

Née en 1971 à Saint-Pée-sur-Nivelle, France
Vit et travaille entre Paris et Saint-Pée-sur-Nivelle
www.vimeo.com/user52407942
www.youtube.com/user/annemariejeannou
www.youtube.com/channel/UCvT8k6ejOkqU6oqU8C44Mcg

Plasticienne-vidéaste et commissaire d’exposition, Anne-Marie Jeannou travaille et vit entre Paris et Saint-Pée-sur-Nivelle au Pays Basque, son lieu de naissance. La notion de réseau s’est révélée durant ces années d’expériences artistiques comme le cadre de ses recherches. La mise en place de son champ d’investigation a commencé avec ses formations, suivant la diaspora géographique de sa famille basque. Ses études à l’Ecole des Beaux-Arts de Toulouse, sa formation à l’Institut Emily Carr de Vancouver, au Canada, et son master à la UBA, Université de Buenos-Aires en Argentine ont permis d’établir des connections physiques avec une histoire patrimoniale forte et de formaliser une répercussion dans son travail.
La plasticienne-vidéaste a toujours côtoyé la commissaire d’exposition, le passage de l’un à l’autre a construit ce questionnement sur ce « réseau » qui module notre société contemporaine. Dans cette optique d’une réflexion artistique sociale et d’une ethnographie plastique, dans l’analyse d’une recontextualisation de l’art au sein d’une société. Son choix de créer des parcours d’art contemporain dans des lieux et des territoires non dédiés à celui-ci s’inscrit toujours dans une implication de politique artistique essentielle, en opposition à notre société d’hyper consommation.

Darla MURPHY

Née en 1987 à Fairfield, Iowa, États-Unis
Vit dans le Tarn et travaille entre la France et les États-Unis
www.darlamurphy.com

Née en Iowa aux Etats-Unis en 1987, Darla Murphy a suivi ses études à l’Institut supérieur des arts de Toulouse où elle a été diplômée en 2015 avec les félicitations du jury. Elle habite aujourd’hui dans le Tarn et travaille entre la France et les États-Unis, exposant dans les deux pays ainsi qu’à l’étranger, notamment en Finlande où elle a fait une résidence de deux mois en 2016.
S’emparant du médium de la vidéo sous forme d’installation, elle se penche sur la question de la relation entre l’homme et la nature, et l’image que l’on crée du paysage naturel. Cette image, héritée en partie de la tradition de peinture de paysage, sert de témoin des modes de pensée au cours des siècles, que Darla Murphy cherche à resituer dans un contexte contemporain.
Elle voit la vidéo et tout son dispositif comme un outil pour creuser des questions de la présence et de l’absence de l’homme dans ce paysage fabriqué à notre époque dite anthropocène, en parallèle au rôle de l’artiste dans la création de ses propres images. Elle intègre également dans ses recherches des éléments comme le son, le volume, l’écriture et la performance. Les objets deviennent aussi lieux d’interrogation du contexte paysager. Souvent énigmatique en esprit, son travail cherche à parler de la neutralité de la nature, dépourvue de nostalgie, à l’aide d’un langage non-neutre. Elle se nourrit des deux cultures dans lesquelles elle vit depuis plus de huit ans, leurs différents paysages respectifs, qui représentent des regards occidentaux sur la nature. Ceci l’amène également à la question de la langue comme filtre de subjectivation du monde. Tout comme le paysage, la langue est un produit de phénomènes culturels qui sont perdus à travers une traduction. Dans son travail, le décalage entre ce qui est dit à travers le texte et ce qui est donné à voir sert à troubler notre sens de l’objectivité et nous pousse à nous questionner sur notre compréhension du « vrai ».

Emmanuelle BENTZ

Née en 1972, à Manosque, France
Vit et travaille à Marseille
www.documentsdartistes.org/artistes/bentz/repro.html

« Pratique plastique de la poésie et du bancal, le travail d’Emmanuelle Bentz joue largement des stéréotypes et de toutes les formes préétablies ou entendues, parce qu’elles sont tellement simples et ordinaires que jamais remises en question. C’est par la considération de cette proximité quotidienne de formes, révélant ainsi un véritable espace critique non utilisé ; c’est par réduction toujours plus poussée de ce périmètre environnant que l’artiste s’est d’abord intéressée aux objets, puis aux mots, puis aux corps ; à son propre corps. Ces matériaux, tour à tour extraits de leur réalité concrète, réutilisés et détournés, forment ainsi un véritable répertoire formel, lexical et corporel alternatif qui compose la base du travail de l’artiste depuis ses débuts. Davantage centrée sur le travail simultané des mots et du corps, Emmanuelle Bentz s’emploie aujourd’hui à proposer une nouvelle stratégie pseudo-pédagogique, parce que hautement ironique, dans son œuvre la P.P. School, ou Poète Performer’s School. Cette œuvre propose donc une pédagogie du corps, ou comment être capable de nous définir nous-mêmes, dans un monde où cette capacité est devenue le seul impératif. […]
De manière générale mais anti-systématique, Emmanuelle Bentz emploie les mots et déploie son corps pour distancier les phénomènes familiers ou culturels que nous acceptons sans jamais les remettre dans une perspective objective. Mais à la dénonciation directe, l’artiste préfère prendre les systèmes à leur propre jeu, que ce soit l’aveuglement du quotidien ou le sérieux de l’histoire de l’art. Proposant davantage un apprentissage de la distanciation et de la dérision, comme meilleur outil et comme seule règle immuable à appliquer à la vie, pour que « l’art soit ce qui rend la vie plus intéressante que l’art » (Robert Filliou). » Leslie Compan

Laura HUERTAS MILLÁN

Née en 1983 à Bogota, Colombie
Vit et travaille à Paris
www.laurahuertasmillan.com

Cinéaste, artiste et chercheuse franco-colombienne, Laura Huertas Millán s’intéresse aux sources et représentations de l’Histoire altérée par l’empreinte coloniale. Issus d’enquêtes de terrain et de recherches documentaires, ses films « mettent en contact » des images et récits d’identités différentes (politiques, historiques ou personnels), libérant ainsi la lecture codée que l’on pourrait en avoir.
« Notre discours ne nous appartient pas. Nous vivons à l’intérieur d’un langage, nous sommes destiné.e.s à fonctionner à l’intérieur de ce système. C’est pourtant à travers notre discours que nous nous appelons nous-mêmes à être au monde, que nous articulons et que nous expérimentons notre propre signification.
Il nous faut manœuvrer dans la contrainte, trouver des manières de nous engager dans le bricolage de ce matériau prédéterminé, qui, d’une façon ou d’une autre, procèdera à l’extraction du singulier du domaine du partagé, et rendra partageable le singulier. Nous nous appuyons non seulement sur la stabilité des mots, mais aussi sur les codes grammaticaux et narratifs pour guider les prédispositions particulières de l’expérience dans le domaine de la communication – condition préalable à toute communauté. Enregistrer les autres alors qu’ils et elles s’engagent dans cette construction de soi par le biais du discours, ainsi que le pratique Laura Huertas Millán dans les œuvres qu’elle qualifie de « fictions ethnographiques », c’est s’engager dans un métadiscours. Les films de Huertas Millán traitent de la parole, de qui peut parler, de quoi, et comment. Elle écoute, initie des scénarios à travers lesquels ses sujets relaient leurs pensées et leurs expériences. Elle se demande comment la parole, qu’elle soit linguistique ou filmique, crée la réalité comme la subjectivité. L’enquête est un mode d’action approprié compte tenu de l’intérêt de longue date de l’artiste pour l’ethnographie. L’ethnographie et le discours étant, après tout, des formes de rencontre entre identité et altérité. » Erika Balsom, extrait : Parler pour exister : les fictions ethnographiques de Laura Huertas Millán

Lei SAITO

Née en 1980 à Hirosaki, Japon
Vit et travaille à Paris
www.leisaito.com

Lei Saito est une artiste japonaise qui vit et travaille à Paris depuis 2003. Elle a étudié au Japon et à l’atelier d’Annette Messager aux Beaux-Arts de Paris, puis a été invitée comme résidente à la Rijksakademie à Amsterdam. Elle développe aujourd’hui le concept de Cuisine Existentielle à Paris.
« La cuisine existentielle est une histoire délicieuse à la fois belle, bonne et conceptuelle. C’est une performance, un paysage miraculeux, mais aussi un mirage voué à disparaître.
Tout est évanescent, on voudrait retenir de cette occasion spéciale : le lieu, le thème, les invités.
Chaque évènement est une rencontre unique que l’on célèbre car elle n’aura lieu qu’une fois dans cette vie et dans ce monde.
Les projets et les recettes sont tissés d’une inspiration mythologique, de l’Odyssée à l’histoire de l’art, des mythologies personnelles aux jeux de langues entre japonais et français. Le temps partagé et les saveurs forment une nouvelle histoire mirifique qui cristallise une expérience sentimentale, une atmosphère.
Nous deviendrons performance, en dégustant. »

Lucie LAFLORENTIE

Née en 1983 à Moissac, France
Vit et travaille à Toulouse
www.lesabattoirs.org/ressources/artistes/638/%20lucie-laflorentie

« Le travail de Lucie Laflorentie s’est fondé sur l’articulation entre son approche du dessin et son expérience du paysage (Canyon, 2005).  Hors de l’espace confiné de l’atelier, la jeune plasticienne réinterroge sa perception de l’espace, pose un rapport mouvant entre elle et l’environnement. De la fenêtre ouverte sur le monde au cadre omniprésent, Lucie Laflorentie ne cesse de déconstruire et reconstruire l’unité de l’image dans une mise en espace particulière. L’espace d’exposition devient le paysage de tous les possibles et de tous les points de fuite.
Ses installations architecturées conjuguent dépouillement bricolé et mise en abîme de la vidéo. Un jeu s’instaure entre espace de projection et de représentation, un nouveau partage du monde de l’image. L’installation Springkler (2008) traduit avec délicatesse et sobriété ce monde poreux où le module cagette devient l’élément constitutif d’une cabane ouvrant sur un paysage existant.
Le mythe de la cabane « in progress » est réinventé par la captation vidéo d’une lumière visible (arc-en-ciel) en perpétuel évanouissement. La machine (Springkler, moniteur) devient un écran, un intermédiaire, elle aussi plus ou moins trompeur.
Le trompe-l’œil se baroquise avec son effet détail-miroir dans Dehors (2008). Cette installation paradoxalement très « less is more », comme toujours chez cette plasticienne, impose sa présence monumentale dans une juste adéquation avec le contexte de l’exposition tel qu’il est.
Visible, invisible, fragmentation des plans, densification des volumes, c’est comme si le travail de Lucie Laflorentie se plaçait dans l’amorce de quelque chose ; quelque chose dont le cadre prédéfini, souvent posé comme une extension naturelle de la salle d’exposition (Veduta, 2008), capture notre attention pour mieux prolonger une expérience sensible et libre. C’est comme dans une salle de cinéma, s’asseoir ni trop près, ni trop loin de l’écran pour mieux voir le dessin de la ligne d’horizon. » Bernadette Morales

Marie-Luce NADAL

Née en 1984 à Perpignan, France
Vit et travaille entre Paris et la Catalogne
www.marielucenadal.com

« Aborder le travail de Marie Luce Nadal c’est accepter les incertitudes, convoquer des notions dites antinomiques, se perdre dans la rencontre des territoires et finalement réaliser qu’il n’y a rien d’arbitraire dans cet enchevêtrement de savoir.
Sa formation révèle son intérêt pour le mélange des genres, depuis ses études d’architecture à sa formation aux Arts Décoratifs de Paris, jusqu’à sa thèse réalisée en lien avec le Laboratoire PMMH (Physique et Mécanique des Milieux Hétérogènes) de Paris. Son travail vient naturellement de cette alliance entre science et art, alliance qui a peu à voir avec celles qu’entretenaient les artistes de la Renaissance, à savoir une volonté commune de se rapprocher au maximum de la réalité. Chez Marie-Luce Nadal on trouve une mise en lumière des différentes formes que peuvent prendre la recherche artistique et scientifique, que ce soit dans l’expérimentation systématique des matières, des techniques, dans la formulation d’idées ou encore le processus de fabrication. Cependant, et par-dessus tout, c’est à travers la place accordée à l’imagination qu’elle tisse son lien le plus fort entre ses champs de recherche. Cette imagination qui déverse parfois vers la folie quand il s’agit de quantifier, capter, matérialiser ce qui nous échappe et nous dépasse. […]» Clothilde Morette

Nicolas TUBÉRY

Né en 1982 à Carcassonne, France
Vit et travaille à Paris
www.nicolastubery.com

Sculpteur et vidéaste, Nicolas Tubéry conjugue les deux pratiques dans ses œuvres. Ses recherches récentes se concentrent sur le monde paysan d’où il vient : ses phénomènes atemporels, comme une foire aux chevaux, mais aussi plus conjoncturels comme les exploitations abandonnées par manque de repreneur. Quel que soit le sujet, il concentre son attention sur les gestes du travail, et sa fascination pour les détails est contagieuse. Observant tout en sculpteur, il adapte le matériel agricole en machinerie cinématographique, puis utilise les mêmes matériaux pour créer les structures monumentales dans lesquelles il projette ses films. Il parvient, avec affection et justesse, à donner une place à la ruralité dans l’art contemporain.
« […] Dans ses films, il regarde le monde en sculpteur : observateur muet s’attachant aux gestuelles, guettant les lumières, inspectant les textures, cherchant dans les corps humains, animaux, mécaniques ou architecturaux la tension, l’événement intime, le rythme, les relations tacites. Avant de se plonger dans le milieu rural, il se penchait déjà sur les rituels quotidiens dans d’autres contextes sociaux. Ses réflexions ont mué, mais elles continuent de toucher à ce qui différencie la captation d’une réalité et la pleine restitution d’une situation.
Les relations complexes de dépendance entre hommes et bêtes, entre marchands et de leurs marchandises, paysages et habitants, sont faites d’accords tacites. Elles passent par des langages davantage physiques que rhétoriques. Face à ses propres sujets, Nicolas Tubéry recherche aussi une connivence qui est au-delà du langage. Sculpteur quand il observe, mais aussi quand il tient la caméra, il transforme les instruments agricoles en machinerie cinématographique. […]
La situation du tournage et celle de l’exposition est finalement la même pour Nicolas Tubéry : il s’agit de mettre en œuvre les moyens de faire fusionner des regards étrangers – celui de la caméra ou celui des visiteurs – avec la scène qui se déroule devant eux. Faire naître les conditions pour que l’aspect sculptural d’un film et l’aspect cinématographique d’un objet dialoguent et se confondent. » Marilou Thiébault

Paul DUNCOMBE

Né en 1987 à Caen, France
Vit et travaille entre Caen à Paris
www.paulduncombe.com

« Paul Duncombe façonne des microcosmes, déserts intérieurs et averses de lumière par observation de paysages qui, dans leurs manifestations les plus infimes ou monumentales, révèlent leurs équilibres minutieux et les variations, régulations, dérégulations, sublimations que la présence humaine y déploie. Composant des œuvres à partir de cette somme de phénomènes et mouvements, il s’attache à ce que constituait pour Varèse un titre naturaliste comme Déserts : donner, au moyen de dispositifs artificiels, l’impression de la nature ; dire les liens entre ses composantes, leurs « correspondances », formulant cet Umwelt que constitue la somme de temporalités distinctes d’organismes réunis en un territoire commun.
C’est ainsi que, prélevant des morceaux de paysages, l’artiste tente leur maintien en vie au sein d’installations aussi sophistiquées que fragiles, porteuses de la possible finitude des créatures qu’elles abritent. Défricheur de friches urbaines, il en rapporte sur le lieu de monstration des débris – épaisses conduites d’eau, banc -, dont il entretient les mousses, insectes et plantes grâce à des dispositifs pourvoyeurs d’eau et de lumière (On the possibility of Life on a public bench, 2017). Là se joue la possibilité de la vie de ces créatures déplacées : question de transposition de milieu, de survie hors sol, dans un nuage d’éprouvettes (In Vitro, 2016-2017). Paul Duncombe s’emploie à transcrire la pluie qui tombe en néons clignotants (Ruzica, 2016), la croissance d’organismes vivants au travers de sculptures, dessins et partitions musicales. La pousse d’une petite plante sauvage est reconstituée numériquement, exprimée en volume figé comme un graphique détaché de l’objet de son analyse. La transcription musicale de ces mouvements (Clematis Vitalba (Soundscape), 2016), applicable à une flore vaste comme un paysage, laisse alors entrevoir la possible écriture d’une symphonie d’un monde bruissant comme une jungle, orageux, venteux comme un désert en formation. » Audrey Teichmann

Pierre MACHE

Né en 1959 à Petit-Quevilly, France
Vit et travaille à Perpignan
www.i-ac.eu/fr/artistes/737_pierre-mache

Il y a 2000 ans, le maître indien Hannyatara prononça cette phrase : « Une fleur éclot, et le monde se lève… »
2000 ans après, le monde est debout. Il marche, de plus en plus vite, et le paysage d’aujourd’hui n’a plus grand chose à voir avec celui des origines. Il a été profondément remanié par l’homme.
Je m’intéresse aux relations entre nature et culture depuis les origines jusqu’à nos jours. L’histoire à notre époque postmoderne est devenue un matériau qui vient retravailler tout le registre des formes, comme un flux, pour nous permettre de mieux penser cette relation privilégiée que nous entretenons avec le tout. Chaque geste artistique est une prise de position, un engagement, un pas en avant, qui nous pousse à sortir de nous-mêmes, comme nos ancêtres l’ont fait, du fond des cavernes…
Pour l’édition 2018 de L’AFIAC, je présente un ensemble de travaux élaborés cette année, qui visent à redéfinir cette frontière pas toujours très claire entre l’intériorité, notre subjectivité, et l’extériorité que symbolise ici le paysage. Il n’y a pas d’objet en soi, le sentiment qu’éprouve le regardeur face à la chose vue, perçue, est forcément conditionné par l’ensemble de ses acquis, eux-mêmes conditionnés par ceux de ses semblables. La nature est plus en profondeur qu’en surface, disait le peintre Cézanne, peindre d’après nature, ce n’est pas copier l’objectif, c’est réaliser des sensations…

A TEN YEAR WINTER

https://atenyearwinter.bandcamp.com/

« Mélange curieux et assez brusque de techno, d’éléments trap et de bruit.
C’est souvent sombre parfois violent, mais c’est aussi la fête au camping! »

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