2017 | 2018

Floryan Varennes | Corporéité ‘chacun sa peau’ | 2017-2018

Artiste en résidence de territoire sur la ville de Graulhet et la ville de Fiac.
Dispositif soutenu par la DRAC Occitanie, la Mairie de Graulhet et la Mairie de Fiac.

Graulhet | Maison des métiers du cuir
Fiac | Résidence d’artiste AFIAC

 

Ce qui cache, ce qui orne // Extrait.

Floryan Varennes puise son imaginaire au creux d’une iconographie plurielle, nourrie de références issues aussi bien de la période médiévale (art et histoire), de la sociologie de la mode ou encore des problématiques liées aux études des genres.

Ses sculptures parlent avant tout du corps. Systématiquement dématérialisé et absent, sa présence est assurée par la portée symbolique, sensible et sensorielle du vêtement. Ce dernier occupe une fonction primordiale dans sa réflexion, il est le matériau de ses idées. Il est non seulement l’enveloppe et l’apparat du corps, mais aussi le vecteur d’une identité, d’une personnalité, d’une mémoire.

Le vêtement apparaît de manière fragmentée avec l’apparition de cols ou de manches. Ces derniers sont travaillés et augmentés d’éléments ornementaux comme les perles et les épingles. Ainsi les fragments de vêtements masculins s’hybrident au décorum habituellement assimilé à la sphère féminine : l’austérité du costume se frotte à la brillance.

Un groupe de onze cols, disposé au sol, semble se mouvoir dans l’espace au moyen de fins tentacules noirs. Une manche de chemise noire, criblée de 50 000 épingles, est étendue sur un socle. L’artiste rejoue ici la figure du gisant, qui serait vêtu d’une armure aux fonctions à la fois offensives et défensives. Floryan Varennes travaille aussi la question de l’échelle par la multiplication et l’agrandissement. Il est alors possible de rencontrer un col de veste dont la silhouette démesurée s’apparente davantage à un glaive. Il articule ainsi les contraires, la présence et l’absence, la sérénité et le danger, l’attraction et la répulsion, le masculin et le féminin, le passé et le présent, la résistance et la fragilité, le merveilleux et l’effroi, le réel et le fantastique ainsi que la mémoire et l’oubli.

La symbolique des formes et les rapports établis entre les matériaux favorisent un aller-retour constant entre les genres. Du masculin vers le féminin, et inversement, le dialogue est densifié. En jonglant avec les archétypes, les dichotomies et les métaphores, Floryan Varennes établit une réflexion sur le genre, du moins la réception et la compréhension de ses habits. Ses choix matériaux impliquent une symbolique forte quant à la complexité des rapports entre les hommes et les femmes. Plus largement, l’artiste travaille les questions d’identités : sociales, culturelles, genrées et sexuelles. Il propose une traduction de son expérience personnelle, intégrant alors l’héritage du slogan mythique « personal is political ».

Les sculptures, à la fois précieuses et monstrueuses, participent à la transformation et à la déformation du commun générique et impersonnel.

JULIE CRENN

Catalogue – Biennale de la Jeune Création / Avril 2016

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