Fantasmagoria et le monde mythique

Fantasmagoria et le monde mythique

Qu’en est-il de la fantasmagorie et du mythe aujourd’hui ?
Malgré leur identification à un passé révolu, ne sont-ils pas à voir à la fois comme l’origine et l’horizon de nos imaginaires ?
Ces questions revitalisées par l’ethnologie et la psychanalyse ne peuvent-elles pas nourrir l’art d’aujourd’hui. Et pourquoi pas, en retour, êtres réactualisées par lui ?
Telles sont les questions qui ont dicté l’aventure de Fantasmagoria à Fiac et à Viterbe (1).
Une aventure comparable à la quête d’un monde supposé, comme pour renouer aussi avec la dimension magique de l’art.

Marcel Détienne
marcel detienne

La notion de mythe est le plus souvent associée à celles de récit, de légende, d’affabulation. Autant de notions péjoratives qui portent la marque d’une culture occidentale qui n’a eu de cesse d’éradiquer toutes formes de superstition. Le philosophe Marcel Détienne a percé l’abcès de cette mauvaise conscience de la culture de l’occident a travers son analyse critique de l’histoire de la mythologie. Dans « L’invention de la mythologie » (1992), il retrace à quel point cette histoire, est celle d’une « conscience malheureuse » en démontrant que le mythe a longtemps fait l’objet d’une exclusion en tant que bizarrerie, anomalie ou pathologie. Comme si la culture occidentale était fascinée par le mythe, tout en gardant la certitude d’être étrangère à ses mécanismes et pour refuser de s’abreuver à ses sources. Et ceci jusqu’à très récemment.

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dispositif de fantasmagorie



Si bien que la véritable dimension mythique reste sans doute à décrypter, à revaloriser, à réactiver et à revivre. Comme pour reconnecter le monde mythique et le monde réel.

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Apparitions et Emotions

C’est d’ailleurs à ce mouvement, que participe la dynamique fantasmagorique et les Fantasmagories en particulier. Car la part mythique de la culture humaine, en deçà de ses figures récurrentes et tutélaires, ressort bien du processus fantasmagorique. Il s’agirait d’une expérience qui vient perturber les imaginaires pour susciter d’autres configurations mentales. Voire même participer à la structuration sociale.

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Scene de la terreur à Lyon

Historiquement et étymologiquement, à la fin du XVIIIe siècle, les Fantasmagories, étaient des sortes de spectacles où le public venait assister à des manifestations fantastiques. Les ordonnateurs de ces séances, les fantasmagores, jouaient autant sur les illusions produites par les lanternes magiques (provoquant des apparitions de fantômes, de spectres, ou d’esprits), que des phénomènes peu connus alors, pourtant issus d’expériences scientifiques par des manipulations physiques ou chimiques. Dans un curieux mélange d’occultisme et d’esprit scientifique, il s’agissait de provoquer de vives émotions face à des expériences multi sensorielles et immersives.

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Culte de la raison et de l’Etre Supreme



Ancêtres de l’image en mouvement, du dessin d’animation, du cinéma et de certaines « installations » artistiques contemporaines, les fantasmagories peuvent êtres vues comme des sortes de rites de passage entre ésotérisme à exotérisme. Dans le droit fil des Lumières, elles correspondent à une période charnière de la pensée moderne qui va bientôt faire triompher la raison logique au détriment de la « superstition ». Les fantasmagories apparaissent d’ailleurs juste après la période de la Terreur pendant la révolution française et les épisodes de culte de la Raison en 1793 puis de l’Etre Suprême en 1794. Période qui va aussi laisser derrière elle toute une cohorte de mythes, de légendes et d’imaginaires dont il subsiste pourtant des traces fossiles aujourd’hui.
C’est donc aussi à une tentative d’archéologie culturelle et mentale, à la fois symbolique et structurelle que Fantasmagoria peut être identifiée.
Une Odyssée initiatique
Mais Fantasmagoria a d’abord été envisagée comme une sorte de voyage, ou d’Odyssée initiatique reliant deux mondes que l’on a trop longtemps voulu séparer : le monde réel et le monde mythique.
À l’image de la grande épopée d’Homère, et donc de son héro, le visiteur-voyageur de Fantasmagoria, aura pu rencontrer dans sa déambulation Fiacoise, toute une pléiade de situations, de signes, de destinées et de fortunes. Autant de présences, d’apparitions, autant de motifs et de messages que cette publication va tenter d’identifier, de relier et de décrypter.

Pour que peut-être, au terme de ce périple, l’oracle d’une nouvelle Pithye tarnaise puisse être délivré et interprété.

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la Pythie et Appollon

Le déroulé des motifs inventés ou réveillés par les artistes invités à Fiac recompose un paysage tout à fait particulier, celui d’une cartographie cryptée aux contours et aux reliefs mouvants. Pour le visiteur de l’exposition et du livre, parcourir ce territoire revient à pratiquer un espace-temps intermédiaire, poreux, habité par des figures de transition qui sont autant de figures de passage vers le monde mythique. Comme si chaque oeuvre constituait une forme d’accessibilité ou mieux, un véritable sas.
En premier il y a la figure du guérisseur Lotois, Pierre Cappelle et de ses « mise aux arbres » qui proposent une entrée de plein pied dans le monde mythique puisque l’arbre est considéré ici comme émetteur-récepteur ou un medium entre les différentes strates des mondes visibles et invisibles.
Assez curieusement, pour ne pas dire mystérieusement, l’arbre va d’ailleurs constituer le fil rouge de Fantasmagoria à travers sa présence récurrente d’un artiste à l’autre. Comme s’il incarnait le rôle vital d’un fil d’Ariane nous guidant dans les profondeurs de mondes inconnus.
A la charnière de ces mondes il y a bien sûr les figures des ancêtres, des revenants ou des fantômes qui jouent le rôle d’interfaces en étant curieusement associés aux arbres. C’est le cas avec Céline Cléron qui va humaniser un magnifique saule pleureur en l’affublant de bigoudis géant à la mémoire de sa grand-mère. Celui aussi de Nicolas Daubanes avec ses mues d’intérieur étendues ou accrochées aux branches des arbres du terrain de golf comme autant de présences fantomatiques évoquant des dépouilles ou des suaires. Mohamed El Baz aussi va jouer de l’arbre en faisant pousser une forêt de mots dans une étrange clairière entourée de buis. Des mots qui sont aussi des chants issus de notre double mémoire collective et individuelle, réincarné par la voix. Sur l’une des images, deux mots l’emportent : « soin » et « obscur ». Prophétie ?
Le parcours traverse aussi plusieurs paysages énigmatiques habités par de curieuses présences. D’abord il y a celui du village de Fiac filmé par Isabelle Lévénez et Catherine Elmer avec une atmosphère et une lumière de fin du monde et, pour seule âme qui vive, une étrange fillette des environs qui semble sauvegarder les lieux. Pour Elsa Mazeau, c’est le fantôme d’un concept qui ressurgit, celui de la vie à la campagne avec le paradoxe des habitâts pavillonnaires standardisés qui ne gardent de naturel que l’argument de vente. À sa manière, Gilles Conan pointe aussi le rapport ambivalent que nous entretenons avec la nature et le paysage, en plantant un cimetière de tubes fluo dans le parc d’un château. Ce qui n’est pas sans rappeler l’ordre du sacrifice et du champ de bataille. Celui aussi des victimes de la barbarie humaine qui hantent et jalonnent toute l’Histoire.

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vyage au centre de la Terre
film de Henri Levin adapté du roman de Jules Verne

Les paysages hallucinants des dessins de Marianne Plo fleurent eux aussi la catastrophe et le cataclysme et peut-être, le sauvetage. Ils renvoient parfois à des paysages mythologiques et à une nature idéalisée, aseptisée et néanmoins dangereusement fantastique. Comme ces volcans en éruption qui annoncent la proposition totalement et techniquement fantasmagorique d’Arnaud Maguet et la fin du film culte Voyage au centre de la Terre qu’il a projeté de nuit sur un écran de fumée. À la manière de Mélies et des fantasmagores de la fin du XVIIIe siècle, l’artiste d’aujourd’hui fait revivre les spectres qu’il libère dans la nuit tarnaise, voyageant à travers l’espace-temps et les volutes de fumées comme s’ils nous traversaient.

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Michel Boccara et sa famille d’accueil

Les clefs de l’histoire
Un dernier invité de choix participait à l’aventure en la personne de Michel Boccara, sociologue, ethnologue et grand connaisseur du monde mythique. Le scientifique tenait un rôle non négligeable dans l’aventure puisque il avait accepté la mission de nous guider vers et à travers le monde mythique. C’est à dire, selon lui, à travers « nous-même ». Car pour Michel Boccara, faire l’expérience du vécu mythique consiste d’abord à se traverser soi-même. Il précise en parlant de la transe et du mouvement de passage qu’elle induit : « … pour communiquer avec l’autre (qu’il soit
animal, humain, défunt ou ancêtre), il faut se traverser soi-même… Dans les pratiques mythiques, cette traversée qui prend le corps comme véhicule, a souvent l’allure d’une remontée aux sources, d’un voyage vers l’origine. L’origine est le point qui figure la force générative des individus, la matrice première, le premier corps et le point d’horizon de toutes les lignes généalogiques » (2).

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rituel andin de l’ordre cosmique

Michel Boccara a consacré une grande partie de son activité scientifique et littéraire à la revitalisation pratique et théorique du mythe. Une partie de ce travail a été restitué dans les actes du colloque « Le mythe : pratiques, récits, théories » dont nous reprenons ici quelques extraits.
Le vécu mythique y est décrit comme une « expérience source » et pas seulement un récit. Il s’agit d’une expérience première vers laquelle on tente de remonter à travers les sources de l’expressivité et à partir d’un premier « choc révélateur » qui est comme une catastrophe initiale, « une brisure qui ouvre la dimension du temps ». C’est pourquoi le vécu mythique bouleverse, interroge, perturbe et in fine « engendre à son tour des élans de créativité, comme si l’oeuvre offerte fabriquait en retour l’individu et la collectivité ».
Le vécu et l’expérience du monde mythique, notamment par la création, consiste à « réactualiser » ce moment qui est celui du temps initial et de « l’entrée inexorable dans l’histoire » : « l’occasion de replonger dans le temps d’avant le temps, et de dérouler à nouveau les lignes qui engagent la maîtrise de l’Histoire.
Un mouvement se dessine : celui d’une sortie de l’Histoire, pour y revenir s’y insérer ».
Alors qu’elles « interrogent les premiers moments du monde », les pratiques mythiques sont donc des « opérations d’intégration des peuples dans l’Histoire », des facteurs « d’explorations de zones transversales de zones transculturelles ». Mais aussi, à travers l’art et le jeu théâtral, « une restauration de l’ordre cosmique et des identités sociales ».
Cette double restauration conjointe (dans le sens de soin) de l’ordre naturel et de l’ordre humain est plus que jamais d’actualité. C’est en tout cas vers elle que semble avoir été dirigée l’aventure de Fantasmagoria à partir de la rencontre entre les artistes, le guérisseur et le scientifique. Gageons que c’est aussi le sens du message délivré par l’exposition-oracle. Mais seuls ceux qui sauront parler avec les arbres pourront nous le confirmer…
(1) De même que l’ensemble du projet Fantasmagoria, le monde mythique, qui a été conçu pour les dix ans des Abattoirs à Toulouse. Il s’est déroulé dans divers lieux de la région Midi-Pyrénées comme à Fiac dans le Tarn, mais aussi à Taurines dans l’Aveyron ou dans la grotte du Mas d’Azil dans l’Ariège.
Après Transrituels 1 & 2, puis Totems sans tabous, qui ont ré-instruit le processus fantasmagorique, et réouvert la porte du monde mythique, c’est ce territoire et ces dimensions que Fantsamagoria a voulu explorer plus en profondeur.
(2) Actes du colloque : Le mythe, pratiques, récits, théories, Editions Anthropos, 2002. En quatre volumes et un coffret dvd.

OPALE – TOTEMS SANS TABOUS – + si affinité 2009

OPALE

Fiac  2009  –  + si affinité  TOTEMS SANS TABOUS

Un événement de l’AFIAC

Commissaire d’exposition : Pascal Pique

Directeur artistique : Patrick Tarres

DJ Set / OPALE

Passionnée d’Ambiant depuis plus de quinze ans, Opale fut invitée à jouer dans le désert marocain pour le festival Morocco 2001… Quelle performance magique ce fut !! Un baptême de feu qui l’engage depuis aux quatre coins du monde à partager son amour de l’Ambiant psychédélique et sa passion pour les sons downtempo de la scène transe…
À Londres, pour Chaos Unlimited, en Suisse pour le Natur’alp festival organisé par les Psyberpunk, puis Ypipoty au Brésil… Oregona en France, Shiva Moon en Allemagne, le Boom festival au Portugal, pour Pirated Machine avec les Worlds People ou à Goa…
Elle mixe aujourd’hui pour le label Ambiant Ultimae et sa panoramic family et pour Mandala records.
Interpellée par tous les mystères de la vie, grands initiateurs qui transforment nos perceptions au gré de notre Connaissance, de notre sensibilité intuitive et de notre discernement… Le Tout, saupoudré de sons magiques, subtilement mariés à des nappes d’émotion et jouant en toute complicité avec des rythmes savants, des samples d’ailleurs, des voix du monde… des plus célestes aux plus tribales… Des plus sensibles aux plus mentales.

Opale + si affinité 2009

Bruno PEINADO – TOTEMS SANS TABOUS – + si affinité 2009

Bruno Peinado

Fiac  2009  –  + si affinité  TOTEMS SANS TABOUS

Un événement de l’AFIAC

Commissaire d’exposition : Pascal Pique

Directeur artistique : Patrick Tarres

L’artiste était reçu chez Anny Vandersluy et Patrick Corbarieu.

Bruno PEINADO + si affinité 2010 Fiac Totems sans Tabous

Etang donné…
Je me souviens d’un été trop chaud à Fiac. Je me souviens de Pascal Pique me proposant de participer à ce projet. Je me souviens ne pas avoir osé refuser. Je me souviens des catalogues reçus. Je me souviens du projet d’Hippolyte Hentgen qui m’a réconforté dans mon choix d’y participer. Je me souviens de la crainte d’une trop grande proximité. Je me souviens du texte de Françoise Quardon dans un des catalogues. Je me souviens de Patrick Tarres et du choix de la date d’une première rencontre. Je me souviens d’un premier rendez-vous manqué avec mes hôtes et d’un dernier concert de Johnny Halliday. Je me souviens des premières sensations et d’une belle soirée trop arrosée au bord de l’eau. Je me souviens du beau rôti de porc au lait comme cadeau de bienvenue et des post-it sur les placards pour nous guider. Je me souviens d’une piscine bâchée devant un étang la nuit. Je me souviens du tout petit matin passé à ranger et à nettoyer notre longue soirée. Je me souviens d’une maison moderne comme dans un magazine au bord d’un étang vert. Je me souviens des sentiments mêlés. Je me souviens d’un golf vert tendre au bord de l’étang vert. Je me souviens d’un petit chalet blanc au bord d’un golf vert tendre.
Je me souviens d’un jeune homme de St-Malo et de Shakespeare au cognac. Je me souviens du chant des grenouilles et des moustiques qui ne piquent pas. Je me souviens avoir passé bien plus de temps dans le petit chalet blanc au bord du golf que dans cette belle maison de magazine. Je me souviens que mes hôtes ne pouvaient pas me loger dans leur grande maison et que je dormais dans le petit chalet tendre au bord du golf vert.
Je me souviens avoir pensé que certaines maisons étaient pour les magazines. Je me souviens de notre première rencontre avec Patrick dans ce petit chalet et de cette douce sensation de déjà se connaître. Je me souviens du goût des cigarettes espagnoles. Je me souviens du rosé bien frais au nom poétique. Je me souviens de Monique et de son accueil. Je me souviens de toutes mes conversations avec Monique et de celles avec Virginie. Je me souviens de cette sensation d’avoir comme on le dit souvent avec un point d’exclamation rencontré “quelqu’un !”. Je me souviens de cette première sensation de maison vide tournée vers un étang trop vert et de ce désir d’y amener de la vie. Je me souviens avoir pensé à Marie-Antoinette jouant les bergères, à Genève jouant à Versailles et m’être penché sur le simulacre et l’oxygénation des bassins de rétention. Je me souviens avoir pensé à un jet d’eau géant dans un étang bien trop vert et aux motifs enjoués que les cercles d’eau pourraient faire dans la vase. Je me souviens de ma première rencontre avec mes hôtes. Je me souviens de leur énergique gentillesse.
Je me souviens qu’ils auraient préféré avoir une exposition dans leur maison. Je me souviens qu’ils aimaient bien mon travail. Je me souviens que mon projet les embêtait un peu car la maison n’était pas finie et qu’il faudrait y faire passer les visiteurs. Je me souviens de la grande baie vitrée vissée à l’étang.

Bruno Peinado Totems sans tabous + si affinité 2009 Fiac
Je me souviens que même si le projet les embarrassait ils s’y sont vraiment investis et y ont participé financièrement. Je me souviens que Douste-Blazy était venu en hélicoptère voir le terrain d’à côté. Je me souviens que l’exposition serait l’occasion de pendre la crémaillère et de faire une grande fête pourleurs amis, leur famille et les golfeurs et que c’est pour cela que je ne pourrais dormir dans la maison. Je me souviens avoir pensé que mon projet était à propos dans ces enjeux de représentation. Je me souviens avoir désiré un jet d’eau versaillais déceptif. Je me souviens que je voulais que le jet d’eau jaillisse par intermittence. Je me souviens qu’il fallait attendre le jet d’eau et que j’aimais cette idée. Je me souviens de l’équipe qui est allée installer la pompe en barque. Je me souviens que mes hôtes ont payé le raccordement électrique de la pompe. Je me souviens du spectacle du premier jet d’eau. Je me souviens des dessins en cercles concentriques créés par le jet d’eau dans la vase de l’étang.

Je me souviens des commentaires heureux sur le fait d’oxygéner l’étang et du bon fonctionnement de la pièce.
Je me souviens du chant des grenouilles. Je me souviens que mes hôtes travaillaient d’arrache-pied afin que leur maison soit finie pour le vernissage. Je me souviens du projet de leur fête de crémaillère. Je me souviens que le pianiste de Nougaro devait venir y jouer du piano. Je me souviens avoir imaginé cette fête sur la terrasse face à la pièce. Je me souviens que les tables furent installées devant la maison sur la route tournant le dos à l’étang et au jet d’eau. Je me souviens que nous ne pouvions rester longtemps à la fête car ce soir là toutes les maisons s’ouvraient dans un ordre bien précis et qu’il fallait être plus ponctuel que nous ne pouvons l’être. Je me souviens des visiteurs qui se mêlaient aux golfeurs.
Je me souviens de mes hôtes qui jouaient le double jeu d’accueillir intimes et inconnus. Je me souviens que les habitants venaient voir tout autant la maison que la pièce. Je me souviens du vernissage sur la place et d’amuse-gueules amusants. Je me souviens des habitants de Fiac et des voisins de la place. Je me souviens d’un marin et de sa femme allemande. Je me souviens de Magalie souriante et de Pascal inquiet. Je me souviens de Patrick. Je me souviens de Monique qui ne voulait pas venir et qui était ravie que nous l’ayons forcée. Je me souviens de mes hôtes sur la place et de leurs habits d’été. Je me souviens de ce jeune homme brillant de St Malo qui avait bien trop chaud. Je me souviens de la conseillère de la Drac tout de blanc vêtue. Je me souviens de notre voiture de location garée sur la place. Je me souviens de quelques projets visités. Je me souviens de mon Stonehenge en bottes de paille. Je me souviens de l’agriculteur prévenant qui les a installées. Je me souviens de ce champ aux cèdres centenaires et du château d’eau timide. Je me souviens que nous étions à l’honneur sur l’affiche. Je me souviens du lendemain et des visiteurs en nombre. Je me souviens que nous étions tenus de recevoir et d’accompagner nos pièces. Je me souviens des longues heures bien trop chaudes à présenter la pièce. Je me souviens avoir désobéi et avoir fui. Je me souviens avoir pensé à cette série des années 60 où Patrick Mc Gohan est prisonnier d’un village dont les habitants sont charmants. Je me souviens des ballons qui éclatent et avoir passé plus de temps dans le chalet tendre à l’autre bout du golf. Je me souviens que mes hôtes recevaient leur famille et que je me sentais gêné de les déranger. Je me souviens de cette piscine dans laquelle nous ne nous sommes jamais baignés. Je me souviens de la touffeur. Je me souviens de cette barque brûlante et de mon tour sur l’étang devant la terrasse emplie de spectateurs. Je me souviens m’être coupé le pied en descendant de la barque. Je me souviens avoir bu mais ne pas avoir mangé avec mes hôtes. Je me souviens avoir mangé les escalopes à la crème de Monique dans le petit chalet. Je me souviens que sous le soleil nous avons bu trop de rosé au nom poétique. Je me souviens que notre conversation était toujours intense et intime. Je me souviens des chats angora de Monique dans la chaleur. Je me souviens que Virginie et moi avons éprouvé le besoin de partir avec notre voiture de location. Je me souviens que nous sommes allés à Lavaur et que résonnaient labeur et lavorro. Je me souviens que nous avons rapporté de notre escapade des chocolats et des fleurs à nos hôtes. Je me souviens de leurs réactions. Je me souviens avoir fait le tour des maisons et des expositions alors que je devais rester sur la terrasse devant ma pièce. Je me souviens de quelques pièces et du projet de Sophie Dubosc. Je ne me souviens que très peu d’art. Je me souviens de ce beau moment avec Myriam Mechita et Chloé Mons sous les pins dans l’herbe. Je me souviens de Chloé faisant du quad dans des collines comme dans un tableau du quattrocento. Je me souviens de la splendeur de ce paysage parfois semblable à la Toscane. Je me souviens des hôtes de Myriam et de Chloé. Je me souviens avoir fait aussi un tour de quad seul dans ce paysage.

Bruno Peinado Stonehedge en balles de foin rélisé par Nelly, Jean Pierre, Julien et Vincent Boyer
Je me souviens que nous avons bu des margaritas tous ensemble et que c’était fort et bien. Je me souviens de ce moment et de cette sensation d’appartenance à un groupe. Je me souviens que nous devions nous revoir le soir mais que nous nous sommes ratés et que c’était mieux comme ça. Je me souviens que ce soir là nous devions manger avec les doigts et que nous n’avions pas le choix. Je me souviens ne pas avoir apprécié ce repas. Je me souviens avoir discuté longuement avec la femme du Maire sans savoir qu’elle était la femme du Maire et que nous avons rigolé et parlé de choses fortes de la vie. Je me souviens de beaucoup de moments forts et de très longs moments d’ennui. Je me souviens avoir voulu fuir cette communauté. Je me souviens de belles rencontres. Je me souviens d’un été bien trop chaud à Fiac.
Bruno Peinado

 

Sabine Anne DESHAIS – TOTEMS SANS TABOUS – + si affinité 2009

Sabine Anne Deshais

Fiac  2009  –  + si affinité  TOTEMS SANS TABOUS

Un événement de l’AFIAC

Commissaire d’exposition : Pascal Pique

Directeur artistique : Patrick Tarres

L’artiste était reçu par une équipe de bénévoles.

Sabine-Anne Deshais + si affinité 2009 Fiac Totems sans Tabous

latitude 44°
proximité de Fiac
terrain : 20 x 20 mètres
3 tentes : 12 x 5 mètres chacune
2 tentes : 5 x 5 mètres chacune
15 tables avec nappe : 1 x 5 mètres chacune
repas : action de se nourrir plus ou moins conforme aux usages imposés par une société
festin : repas somptueux, excellent
horde : tribu ou peuplade errante, nomade / troupe ou groupe d’hommes indisciplinés
exotisme : de caractère et d’inspiration artificielles des peuples lointains

Sabine Anne Deshais Fiac + si affinité 2009 Sabine Anne Deshais Fiac + si affinité 2009 totems sans Tabous

 

PREMIÈRE PARTIE : 27 juin 2009
300 personnes
beau temps, ciel dégagé
20h00 / 22h51
durée du festin / performance : 2 heures 51 minutes
3 bandes sonores
bande 1 : 15’20’’
bande 2 : 29’58’’
bande 3 : 18’30’’
bandes 1 et 2 en boucle
bande 3 : les dernières 18 minutes et 30 secondes
4 baffles 2 x 2
diffusion sonore : face à face / diagonale
1 source d’eau
1 comptoir
100 litres de vin rouge
2 viandes (rouge et blanche), 3 cuissons
8 purées
7 desserts
30 plateaux ronds en plastique
30 plats ronds en métal
pas de couvert, pas d’assiette
3 refus affirmés de participer au festin
DEUXIÈME PARTIE : 28 juin 2009
dispositifs spatial et sonore :
les restes du festin en place
les 2 bandes sonores en boucle
bande 1 : 15’20’’
bande 2 : 29’58’’

Sabine Anne Deshais Fiac Tarn Totems sans Tabous Sabine-Anne Deshais Fiac Tarn + si affinité 2009 Sabine Anne Deshais Repas Totems sans Tabous Fiac 2009 anne_sabine_deshais

 

Traces | vidéo

Butz & Fouque – TOTEMS SANS TABOUS – + si affinité 2009

Butz&Fouque

Fiac  2009  –  + si affinité  TOTEMS SANS TABOUS

Un événement de l’AFIAC

Commissaire d’exposition : Pascal Pique

Directeur artistique : Patrick Tarres

L’artiste était reçu chez Nadège Ricur et Mathieu Lacaze

Butz et Fouque + si affinité 2009 Fiac Totems sans tabous

Aller à Fiac, c’est aller à la rencontre de tout un village, c’est confronter et contextualiser son oeuvre au réel.
Auparavant, en mai, une prise de position en talons hauts, au Café, chez Maurice et Kathia, où nous avons proposé une performance.
En chien-loup, nous nous faisons faire une dictée par une enseignante du village, Madame Marianne Saïd. Sur le texte de Monsieur Joël Pradelles, « Notre commune au fil du temps », les deux poignets droits scotchés, chacune de nous lutte pour sauver son écriture, au fil du rouleau de papier démesuré. Un duel qui met en abîme notre duo, entre bestialité et glamour.
La suite de notre aventure…
Dans notre pratique de la photo et de la performance, il y a un lien très fort avec le contexte et le lieu investi. À Fiac, nous avons été logées chez Nadège et Mathieu, dans leur maison attenante à l’ancienne épicerie du village. Nous avons « ré-ouvert » le lieu, le vidant de ses meubles, ne gardant que l’étagère du fond servant autrefois à disposer les produits. Repeinte en bleu, entre galerie et boutique, « l’épicerie » redevenait pour un temps un lieu de passage au village.
Nous avons réalisé une série photo en rapport à la nourriture, où nos corps sont morcelés, recouverts de bonbons, de fruits et de légumes, « prêts à la vente ».

Butz et Fouque Totems sans tabous Fiac Tarn

Nous avons gardé le mode de présentation de l’épicerie, en installant des petits formats, posés dans l’étagère,tels des boîtes de conserve ou autres marchandises. Dans les deux vitrines, deux grands formats éclairés aux néons : vendeuses, artistes, ou matière ?
Nos deux corps imbriqués, vus de dessus, relevés sur le plan de la verticalité, érigés en sculpture, deviennent totem.
L’installation invite au « lèche-vitrine », à « manger », à « choisir », à transgresser les tabous !
La nuit, la boutique reste éclairée, et les créatures figées derrière la vitre.
A première vue, le foisonnement de couleurs, le fluo, les bonbons, les expressions, une euphorie acide.
Mais ces morceaux de corps doubles, lisses, inertes, offerts à la tentation, prennent un air factice, de poupées, de clones, qui court-circuite le désir, et révèle une inquiétante transformation.

Périnne Butz et Bénédicte Fouque

Butz et Fouque Fiac Totems sans Tabous 2009 Butz et Fouque + si affinité 2009 Fiac Tarn Butz et Fouque vitrine Totems sans Tabous FiacTraces | vidéo

 

Cedric TANGUY – TOTEMS SANS TABOUS – + si affinité 2009

Cedric Tanguy

Fiac  2009  –  + si affinité  TOTEMS SANS TABOUS

Un événement de l’AFIAC

Commissaire d’exposition : Pascal Pique

Directeur artistique : Patrick Tarres

L’artiste était reçu chez Maryse Delord et Patrick Boistay.

Cédric Tanguy Totems sans tabous Fiac Tarn + si affinité 2009

Mes biens chers frères,
acceptez là ma rédemption, car oui, à Fiac, j’ai commis le péché hérésiarque !
Précipité du Saint Firmament, je suis arrivé par le ciel, dans ma longue robe blanche, investi d’une mission impie.
Ce damné sacerdoce me fit déchoir, m’écartant du droit chemin, tel un apostat gangrenant les brebis égarées du troupeau de dieu. En cette fin de juin 2009, après avoir croisé dans la voûte céleste le king of the pop en pleine ascension, moi je suis tombé de là-haut comme une grosse merde avilie, m’agenouillant pour embrasser le tarmac en Midi-Pyrénées. En vérité je vous le dis, ce matin-là, foulant le sol de l’aéroport Toulouse-Blagnac, Jean-Paul II réincarné, oui celui-là même, c’était bien moi !
Je suis venu planter mon poteau de supplice en haut du mont de Font-Razou, et je me suis offert en sacrifice pour expier, non pas le mal, mais pour absoudre toute mon oeuvre salutaire de jadis. Tel un cancre purgeant son pensum, mon labeur fut de dresser ce totem lapidé par mes tabous les plus obscurs.
Ceux-là mêmes que vous m’avez contraint de venir semer ici sur ces terres du Tarn. Pourquoi m’avoir infligé le devoir de transgresser l’interdit, l’intangible, l’irrévocable ?
Au nom de qui aurais-je dû enfreindre l’inviolabilité pour répondre à la coercition assignée pour la contexture du « Totem sans tabou » ?
J’étais un saint, mais Fiac a profané ma béatitude. J’étais un pieux, mais Fiac a blasphémé ma pudicité. Au zèle de mon renoncement du vénérable fidèle, l’édit de Fiac substitua le parjure de l’indigne réprouvé. À la dévotion du révéré, le mandement de Fiac subrogea le transfuge du sermonnaire apocryphe. À la vénération, le sacrilège. À la prière du bigot, le juron du païen ! Fiac, fille de Babylone, tes ouailles se souviendront du jour J-1275 de la fin de l’homme !!!
Cédric Tanguy

Cédric TANGUY + si affinité 2009 fiac tarn Cédric TANGUY Totems sans tabous Fiac tarn Cédric TANGUY Fiac + si affinité 209 Tarn Cédric TANGUY + si affinité Totems sans tabous Fiac

Myriam Mechita – TOTEMS SANS TABOUS – + si affinité 2009

Myriam Mechita et Chloé Mons

Fiac  2009  –  + si affinité  TOTEMS SANS TABOUS

Un événement de l’AFIAC

Commissaire d’exposition : Pascal Pique

Directeur artistique : Patrick Tarres

L’artiste était reçu chez Dorine, Christophe et Luna Larroque.

Myriam Mechita + si affinité 2009 Fiac Tarn

La chambre devait être transformée, seul le lit comme un socle devenait
le support à une carte du tendre.
Les crânes se déployaient comme des montagnes et des vallons, des cristaux,
des larmes de quartz créaient des chemins à parcourir.
Nécessaire pour retrouver l’autre.
Tout était vidé du quotidien, et de l’amour physique, seule l’appartenance
à l’autre liait le tout.
Une femme énonce cette lettre qui appelle, qui rappelle.
Elle tourne en rond, déambule, attend et chante une chanson accompagnée
d’un ukulélé, une chanson d’amour, une chanson sur les éléments
et leur force de transformation.
Le temps en suspens, sur l’amour espéré, un temps en dehors de tout,
où le corps animal ne peut s’arranger.
Myriam Mechita

Lettre à l’inconnu (texte de la performance) lue par Chloe Mons

Myriam Mechita Fiac + si affinité 2009 Tarn Myriam Mechita totems sans Tabous Fiac

Les jours sont plus longs que jamais, et je ne comprends plus les effets de surprise.Je me suis vue regarder ma main et estimer la distance entre la mienne et la tienne.
Vingt-six fois la distance de mes lèvres aux tiennes.
J’en suis sûre.
Ça doit être le vent qui remplit cet espace un instant.
Quelquefois c’est comme de la chance, quelquefois j’y pense comme une chance
de se voir en dedans.
Tu es mon homme, celui qui me transforme. Nous devons nous transformer.
Un jour je serai fille de l’eau, une perle de sueur qui passera de ton front
à mon cou, ça ne peut pas être autrement.
Je le regarde, lui ne me voit pas en dedans comme moi.
Quelquefois c’est comme une malchance de ne pas se voir en chaîne,
ça permettrait de ne plus s’oublier.
Je descends quelquefois dans le noir profond, et j’ai des soucis pour remonter.
Mais je me contrôle, c’est peut-être juste pour me rappeler à lui.
C’est quelque fois si dur.
Est-ce que tu me laisserais te rendre fou ?
J’aimerais tant,
Te respirer et me retirer pour pas que tu me voies, me dérober en permanence, et
revenir, t’aveugler comme au moment de nos morts communes. Je te vois adossé
au mur, attendre, attendre, je marche à côté de toi et je fais semblant de te parler
de ma vie.
D’ailleurs avec toi je suis dans ce temps où le temps n’existe plus
Je ne peux plus te deviner, je ne te vois plus
Quelquefois c’est si dur de ne plus te respirer
Je suis avec toi le matin,
Viens avec moi, viens avec moi dans la profondeur du jour
Nous aurons l’habitude de nous toucher, nous aurons l’habitude de nous croiser
Nous aurons l’habitude de nous frôler
Je pourrai faire tout ce qui est possible pour voir
au loin et même essayer de me lever tôt,
pour que nos jours soient longs et frais
Quelquefois je pourrai même te laisser
t’endormir avant moi
Je pourrais
Nous devons faire attention, je te vois dehors,
contre ce mur, je sais que tu te sens libre.
Je crois que je sais ce que tu penses
Je sais toujours ce que tu penses, je te vois adossé
à ce mur,
Je sens les choses.
Je pourrais aller tellement loin, tellement loin
un moment pour toi
Je pourrais le faire,
Je te vois endormi à côté du mur, dans ce lit
qui vibre comme une onde radio
Où penses-tu que je sois partie un instant ?
J’ai filé dans le vent, me perdre un instant
Je pourrai aller si loin, pendant un moment,
je crois que je dois le faire
Je dois le faire pour l’instant
Je te vois dehors près du mur du jardin, tu dois
te sentir si libre, tu as quelquefois ce genre
d’idée.
Dans toutes les choses que tu penses, les choses
vont mieux, tu sais
ce qui s’est passé de mieux.
Tu devrais venir vers moi, un instant, tu devrais
venir vers moi,
Juste pour toutes les choses que nous pourrions
faire ensemble
Je ne les ai jamais faites avant
Avant toi, personne ne me les a fait comprendre.
Tu devrais courir vers moi, pour tous ces instants
où nous étions le vent
Je ne veux rien en retour, je ne veux rien en
retour, je ne t’ai jamais rien donné
de toute façon, tout était déjà a toi.
Pars, mets toi sur le départ, comme un cheval de course, ouvre tes yeux, pour
les millions d’années qui arrivent, tu coures vers moi, comme une course sans fin,
Mais je t’attends en face, je n’entends plus rien, même plus le rythme de mon coeur,
Je suis sourde à tout bruit extérieur, je suis sourde, sans profondeur.
Je ne veux rien en retour, quelquefois je n’attendais rien en retour,
et tu ne m’as rien donné
C’est si dur quelquefois vraiment
Quand tu m’entends, sais-tu que c’est moi ?
Comment le sais-tu ?
Je sais que tu coures toujours, tu coures toujours, mais porté par le vent.
Je sais que tu coures. Ton souffle perdu.
Je sens les résistances, quand je fais des choses qui ressemblent aux tiennes
Mes mains sont nues,
Je me souviens très bien de toi quand tu me prenais pour celle qui pouvait partager
des choses avec toi, tu pensais que je faisais quelque chose pour la couleur
de ma peau.
Tout va bien
Je n’ai pas besoin de ça, qui pourrait le dire ?
Je les ai vues tes mains, elles sont aussi nues que les miennes.
J’ai à nouveau le vent dans mes cheveux, quelquefois c’est un tremblement
qui me permet de me souvenir de toi, très précisément.
Des fois je devrais être plus vieille,
Quelquefois ce serait comme un départ pour un endroit où l’on se tiendrait
les mains.
Les gens me voient comme une fille qui descend, mais je descends parce que
je ne connais rien autour de moi de plus solide.
Je dois être la seule
Je dois être la seule à t’avoir vu libre contre ce mur
Quelquefois je me dis que c’est une chance de t’avoir vu enchaîné à moi
de cette façon.
Enchaîné, et je te vois revenir dans mon entourage, tu es complètement
sous contrôle.
Je suis de celle qui ne peut pas comprendre
Je suis de celle que l’oubli n’atteindra pas.
Je suis de celle qui voit dans le noir.
Je regarde ton souffle, et je repars.

Maria MAQUINA – TOTEMS SANS TABOUS – + si affinité 2009

Maria Maquina

Fiac  2009  –  + si affinité  TOTEMS SANS TABOUS

Un événement de l’AFIAC

Commissaire d’exposition : Pascal Pique

Directeur artistique : Patrick Tarres

L’artiste était reçu chez Cathy, Laure, July et Alain Schincariol

Maria Marquina + si affinité 2009 Fiac Tarn

Ma famille d’accueil m’a présenté sa maison et leur histoire. J’ai choisi d’investir un lieu annexe à la maison, celui-ci ayant servi par le passé à héberger les animaux. Le lieu un peu en ruine m’a fait penser à des maisons rurales de l’Amérique latine destinées aux ex-votos et offrandes. On y trouve souvent des formes primitives cohabitant avec des formes religieuses.
En lien avec la fragilité du lieu, j’ai choisi de réaliser un accrochage minutieux en utilisant du fil et des épingles. Partant de la matérialité même de l’espace, des anfractuosités des murs et du plafond, j’ai réfléchi à une installation utilisant le motif du chapelet et de la fleur d’arum. Un crâne et d’autres motifs végétaux viendront compléter la pièce.
Dans mon travail, je m’intéresse à l’esthétique de l’objet sacré ou religieux, à sa capacité évocatrice du mystérieux et de l’étrange. Les matériaux que j’utilise participent à la symbolique.
Une très belle rencontre avec ma famille d’accueil. Même si Alain et Cathy n’ont pas participé directement à la construction de l’installation, nous avons discuté du sens de l’œuvre. Très disponibles, ils ont assisté à toutes les étapes du travail.
Maria Marquina

Maria Marquina + si affinité 2009 Fiac tarn Maria Marquina Totems sans tabous Fiac Tarn Maria Marquina fiac Tarn + si affinité 2009

Valérie Ruiz – TOTEMS SANS TABOUS – + si affinité 2009

Valérie Ruiz

Fiac  2009  –  + si affinité  TOTEMS SANS TABOUS

Un événement de l’AFIAC

Commissaire d’exposition : Pascal Pique

Directeur artistique : Patrick Tarres

L’artiste était reçu chez Anne, Aurélien, Estèle et Mathieu Robin

Valérie Ruiz + si affinité 2009 Fiac Tarn

 

Voilà de quoi s’éjecter dans le vif de l’oeuvre saignée à blanc.
Le vide dans ses extrêmes, ni espace, ni mur, ni temps et des gens inconnus. Un bar où le sujet en devient son cocktail. C’est « Sans sucre » que finalement je m’en sers. Il y a tant de silence à oublier ici que l’évidence est de se taire et de regarder ! Des larmes, des sourires, des éclats de rire.
L’architecture s’opère finalement autour de la parole, la seule ici, qui permet de trouver.
De cette famille qui a coopéré comme un seul corps, est né un géant.
Parfois inquiétant, parfois triste, parfois plein de charme !
Cette installation raconte sans mot dire, la poussière d’or qu’il a soulevée, laissant derrière elle les résidus qui ont permis de la filtrer.
L’intimité d’une guitoune a finalement pris corps dans ce que ce couple avait défini comme leur chambre à coucher. L’ailleurs a surgi invitant la famille chez eux.
Une course de désorientation a conduit l’oeuvre vers des pistes dont le départ est FIAC.

Valérie Ruiz

Installation multimédia ‘Sans Sucre’ dimension variable

Spirale des interdits
Arbitre de l’orient
Nouvelle du désir
Souffre et rêve de vie
Sucré salé
Un bidon vide à la campagne
Casino de l’occident
Rêve d’éther
Enfant sans la vierge

Valérie Ruiz Toems sans tabous + si affinité 2009 Fiac Tarn Valerie Ruiz + si affinité 2010 Totems sans tabous fiac Tarn Valérie Ruiz + si affinité 2009 Fiac Tarn

Virginie BARRE – TOTEMS SANS TABOUS – + si affinité 2009

Virginie Barré

Fiac  2009  –  + si affinité  TOTEMS SANS TABOUS

Un événement de l’AFIAC

Commissaire d’exposition : Pascal Pique

Directeur artistique : Patrick Tarres

L’artiste était reçu chez Monique Pascal

Virginie Barré + si affinité 2009 Fiac Tarn

Monique, unique et solitaire
Ma rencontre avec Monique Pascal n’est pas une rencontre comme les autres.
Monique m’a fait un cadeau singulier, elle a bien voulu jouer avec moi, elle m’a raconté une histoire, presque un secret, elle m’a prêté sa maison. Alors j’ai pensé à plein de choses, aux ballons qui dans les rêves peuvent emporter des enfants, à la mère évanouie de Mimile « qui a fait boum » dans le film de Truffaut, à une chanson de Françoise Hardy, au Ballon rouge de Lamorisse, j’ai pensé aux cabanes et aux salopettes en fibres synthétiques des années soixante-dix.
J’ai imaginé la maison que Monique a quittée pour le chalet de Brazis, je la voyais comme celle de Marguerite Duras, lissée, frottée aux angles des portes, par le passage des corps, des enfants, des chiens.
Puis je l’ai vue au chalet, Monique unique et solitaire intérieure écrire avec ses chats.
Dans la retenue, avec générosité et intégrité, elle a accueilli un gosse de scotch et de papier, flottant au-dessus de son toit, la tête dans les nuages, en totem aérien et personnel.

Virginie Barré

Virginie Barré + si affinité 2009 Fiac Tarn

Virginie Barré + si affinité 2009 Fiac TarnVirginie Barré + si affinité 2009 Totems sans Tabous Fiac Tarn

Virginie Barré + si affinité 2009 totems sans tabous Fiac Tarn

 

Berceuse

Mon amour
Mon bonheur
Mon tourment
Je veille ton sommeil
Comme on veille un enfant
Les yeux clos
Le visage
Apaisé
Je t’entends respirer
Tu souris en rêvant
J’imagine tes rêves
Peuplés de princesses
De lampes magiques
De grands méchants loups
Mon amour
Reste là
Sans bouger
Sans grandir, sans vieillir
Le temps s’est arrêté
Mon amour
Reste là
Sans parler
Nous sommes dans un monde étranger,
Etranger où les fleurs nous racontent
Des contes de fées
Où toutes les légendes sont réalités
Reste là
Sans bouger
Mon amour
Et s’il faut que demain
Cesse l’enchantement
Et que la vie reprenne son cours
Désormais rien ne sera plus
Tout à fait comme avant
Françoise Hardy