des artistes chez l’habitant 2018 | REGARDER L’AGRESTE PAYSAGE

19ème édition du festival des artistes chez l’habitant

Titre : REGARDER L’AGRESTE PAYSAGE
Lieu : Teyssode
Période : 28-29-30 septembre 2018

Commissariat général : Patrick Tarres, directeur de L’AFIAC
Commissaires invités : Valentin Rodriguez, conservateur du patrimoine, directeur des collections, Les Abattoirs-FRAC Occitanie Claus Sauer, directeur de Caza d’Oro, Centre International d’Art Contemporain

LES ARTISTES
Emmanuelle BENTZ | Paul DUNCOMBE| Anne-Marie JEANNOU | Lucie LAFLORENTIE| Pierre MACHE | Laura HUERTAS MILLÁN | Darla MURPHY | Marie-Luce NADAL | Lei SAITO | Nicolas TUBÉRY

REGARDER L’AGRESTE PAYSAGE

C’est au XVIIe siècle ou plus exactement à la charnière entre le XVIe et le XVIIe que le paysage est devenu un art pictural à part entière, notamment comme support de narration dans les fresques réalisées dans les palais italiens. Quelques décennies plus tard, Nicolas Poussin et Le Lorrain traiteront ce sujet comme personnage central de leurs oeuvres. Suivirent le Weltlandschaft, ou paysage du monde, le paysage hollandais et l’esthétique de l’espace vacant, le paysage classique ou idéal, le paysage romantique, le paysage impressionniste puis le « dé-paysage » du XXe siècle. Loin de la nature magnifiée par les grands maîtres de l’histoire de l’art, les dix artistes en résidence de création chez des habitants de Teyssode sont invités à opérer un focus sur le vivant dans une ruralité en perpétuelle mutation par une approche critique et (ou) sensible du sujet. La commune d’accueil de cette dix-neuvième édition des artistes chez l’habitant est choisie comme terrain d’expérimentation artistique du réel au présent. Des oeuvres vont y naître, s’y exposer et se mesurer à une nature enveloppante, source sensorielle sans cesse renouvelée et observatoire du devenir de notre planète, en lien direct avec celles et ceux qui l’habitent. Le mot agreste, peu usité, signifie : qui est d’une simplicité rustique. Que reste-t-il de simple et de rustique dans notre environnement façonné par l’agriculture conventionnelle, l’installation des néo-ruraux et le développement des infrastructures nécessaires à ces évolutions ? Au-delà des considérations éthiques et responsables, c’est la proximité de l’artiste et du sujet traité qui singularisent ce projet. De fait, le public aura l’occasion assez rare d’observer le modèle, fût-il agreste. Vous êtes invités à découvrir les dix œuvres produites dans ce contexte autour de la thématique proposée, en présence des artistes et de leurs hôtes au domicile de ces derniers.

 

REGARDER L’AGRESTE PAYSAGE | les habitants

Isabelle BERGER & Daniel NAVAR reçoivent Anne-Marie JEANNOU
Annie & Michel FABRIES reçoivent Nicolas TUBERY
Marie-Noëlle & Christian ROUGÉ reçoivent Pierre MACHE
Dominique BESSE reçoit Marie-Luce NADAL
Jacques JODOIN & Josseline MALBOEUF reçoivent Paul DUNCOMBE
Annick GAUDEBERT & Christophe RAYSSIGUIÉ reçoivent Emmanuelle BENTZ
Lesley & Gary DAVEY reçoivent Darla MURPHY
Julien CHAILLEY & Céline DENIZOT reçoivent Laura HUERTAS MILLAN
Pascale BREUILLÉ-MAY & Chris GULLON reçoivent Lucie LAFLORENTIE
Isabelle PREZIOSI reçoit Lei SAITO

 

REGARDER L’AGRESTE PAYSAGE | les artistes

Anne-Marie JEANNOU

Née en 1971 à Saint-Pée-sur-Nivelle, France
Vit et travaille entre Paris et Saint-Pée-sur-Nivelle
www.vimeo.com/user52407942
www.youtube.com/user/annemariejeannou
www.youtube.com/channel/UCvT8k6ejOkqU6oqU8C44Mcg

Plasticienne-vidéaste et commissaire d’exposition, Anne-Marie Jeannou travaille et vit entre Paris et Saint-Pée-sur-Nivelle au Pays Basque, son lieu de naissance. La notion de réseau s’est révélée durant ces années d’expériences artistiques comme le cadre de ses recherches. La mise en place de son champ d’investigation a commencé avec ses formations, suivant la diaspora géographique de sa famille basque. Ses études à l’Ecole des Beaux-Arts de Toulouse, sa formation à l’Institut Emily Carr de Vancouver, au Canada, et son master à la UBA, Université de Buenos-Aires en Argentine ont permis d’établir des connections physiques avec une histoire patrimoniale forte et de formaliser une répercussion dans son travail.
La plasticienne-vidéaste a toujours côtoyé la commissaire d’exposition, le passage de l’un à l’autre a construit ce questionnement sur ce « réseau » qui module notre société contemporaine. Dans cette optique d’une réflexion artistique sociale et d’une ethnographie plastique, dans l’analyse d’une recontextualisation de l’art au sein d’une société. Son choix de créer des parcours d’art contemporain dans des lieux et des territoires non dédiés à celui-ci s’inscrit toujours dans une implication de politique artistique essentielle, en opposition à notre société d’hyper consommation.

Darla MURPHY

Née en 1987 à Fairfield, Iowa, États-Unis
Vit dans le Tarn et travaille entre la France et les États-Unis
www.darlamurphy.com

Née en Iowa aux Etats-Unis en 1987, Darla Murphy a suivi ses études à l’Institut supérieur des arts de Toulouse où elle a été diplômée en 2015 avec les félicitations du jury. Elle habite aujourd’hui dans le Tarn et travaille entre la France et les États-Unis, exposant dans les deux pays ainsi qu’à l’étranger, notamment en Finlande où elle a fait une résidence de deux mois en 2016.
S’emparant du médium de la vidéo sous forme d’installation, elle se penche sur la question de la relation entre l’homme et la nature, et l’image que l’on crée du paysage naturel. Cette image, héritée en partie de la tradition de peinture de paysage, sert de témoin des modes de pensée au cours des siècles, que Darla Murphy cherche à resituer dans un contexte contemporain.
Elle voit la vidéo et tout son dispositif comme un outil pour creuser des questions de la présence et de l’absence de l’homme dans ce paysage fabriqué à notre époque dite anthropocène, en parallèle au rôle de l’artiste dans la création de ses propres images. Elle intègre également dans ses recherches des éléments comme le son, le volume, l’écriture et la performance. Les objets deviennent aussi lieux d’interrogation du contexte paysager. Souvent énigmatique en esprit, son travail cherche à parler de la neutralité de la nature, dépourvue de nostalgie, à l’aide d’un langage non-neutre. Elle se nourrit des deux cultures dans lesquelles elle vit depuis plus de huit ans, leurs différents paysages respectifs, qui représentent des regards occidentaux sur la nature. Ceci l’amène également à la question de la langue comme filtre de subjectivation du monde. Tout comme le paysage, la langue est un produit de phénomènes culturels qui sont perdus à travers une traduction. Dans son travail, le décalage entre ce qui est dit à travers le texte et ce qui est donné à voir sert à troubler notre sens de l’objectivité et nous pousse à nous questionner sur notre compréhension du « vrai ».

Emmanuelle BENTZ

Née en 1972, à Manosque, France
Vit et travaille à Marseille
www.documentsdartistes.org/artistes/bentz/repro.html

« Pratique plastique de la poésie et du bancal, le travail d’Emmanuelle Bentz joue largement des stéréotypes et de toutes les formes préétablies ou entendues, parce qu’elles sont tellement simples et ordinaires que jamais remises en question. C’est par la considération de cette proximité quotidienne de formes, révélant ainsi un véritable espace critique non utilisé ; c’est par réduction toujours plus poussée de ce périmètre environnant que l’artiste s’est d’abord intéressée aux objets, puis aux mots, puis aux corps ; à son propre corps. Ces matériaux, tour à tour extraits de leur réalité concrète, réutilisés et détournés, forment ainsi un véritable répertoire formel, lexical et corporel alternatif qui compose la base du travail de l’artiste depuis ses débuts. Davantage centrée sur le travail simultané des mots et du corps, Emmanuelle Bentz s’emploie aujourd’hui à proposer une nouvelle stratégie pseudo-pédagogique, parce que hautement ironique, dans son œuvre la P.P. School, ou Poète Performer’s School. Cette œuvre propose donc une pédagogie du corps, ou comment être capable de nous définir nous-mêmes, dans un monde où cette capacité est devenue le seul impératif. […]
De manière générale mais anti-systématique, Emmanuelle Bentz emploie les mots et déploie son corps pour distancier les phénomènes familiers ou culturels que nous acceptons sans jamais les remettre dans une perspective objective. Mais à la dénonciation directe, l’artiste préfère prendre les systèmes à leur propre jeu, que ce soit l’aveuglement du quotidien ou le sérieux de l’histoire de l’art. Proposant davantage un apprentissage de la distanciation et de la dérision, comme meilleur outil et comme seule règle immuable à appliquer à la vie, pour que « l’art soit ce qui rend la vie plus intéressante que l’art » (Robert Filliou). » Leslie Compan

Laura HUERTAS MILLÁN

Née en 1983 à Bogota, Colombie
Vit et travaille à Paris
www.laurahuertasmillan.com

Cinéaste, artiste et chercheuse franco-colombienne, Laura Huertas Millán s’intéresse aux sources et représentations de l’Histoire altérée par l’empreinte coloniale. Issus d’enquêtes de terrain et de recherches documentaires, ses films « mettent en contact » des images et récits d’identités différentes (politiques, historiques ou personnels), libérant ainsi la lecture codée que l’on pourrait en avoir.
« Notre discours ne nous appartient pas. Nous vivons à l’intérieur d’un langage, nous sommes destiné.e.s à fonctionner à l’intérieur de ce système. C’est pourtant à travers notre discours que nous nous appelons nous-mêmes à être au monde, que nous articulons et que nous expérimentons notre propre signification.
Il nous faut manœuvrer dans la contrainte, trouver des manières de nous engager dans le bricolage de ce matériau prédéterminé, qui, d’une façon ou d’une autre, procèdera à l’extraction du singulier du domaine du partagé, et rendra partageable le singulier. Nous nous appuyons non seulement sur la stabilité des mots, mais aussi sur les codes grammaticaux et narratifs pour guider les prédispositions particulières de l’expérience dans le domaine de la communication – condition préalable à toute communauté. Enregistrer les autres alors qu’ils et elles s’engagent dans cette construction de soi par le biais du discours, ainsi que le pratique Laura Huertas Millán dans les œuvres qu’elle qualifie de « fictions ethnographiques », c’est s’engager dans un métadiscours. Les films de Huertas Millán traitent de la parole, de qui peut parler, de quoi, et comment. Elle écoute, initie des scénarios à travers lesquels ses sujets relaient leurs pensées et leurs expériences. Elle se demande comment la parole, qu’elle soit linguistique ou filmique, crée la réalité comme la subjectivité. L’enquête est un mode d’action approprié compte tenu de l’intérêt de longue date de l’artiste pour l’ethnographie. L’ethnographie et le discours étant, après tout, des formes de rencontre entre identité et altérité. » Erika Balsom, extrait : Parler pour exister : les fictions ethnographiques de Laura Huertas Millán

Lei SAITO

Née en 1980 à Hirosaki, Japon
Vit et travaille à Paris
www.leisaito.com

Lei Saito est une artiste japonaise qui vit et travaille à Paris depuis 2003. Elle a étudié au Japon et à l’atelier d’Annette Messager aux Beaux-Arts de Paris, puis a été invitée comme résidente à la Rijksakademie à Amsterdam. Elle développe aujourd’hui le concept de Cuisine Existentielle à Paris.
« La cuisine existentielle est une histoire délicieuse à la fois belle, bonne et conceptuelle. C’est une performance, un paysage miraculeux, mais aussi un mirage voué à disparaître.
Tout est évanescent, on voudrait retenir de cette occasion spéciale : le lieu, le thème, les invités.
Chaque évènement est une rencontre unique que l’on célèbre car elle n’aura lieu qu’une fois dans cette vie et dans ce monde.
Les projets et les recettes sont tissés d’une inspiration mythologique, de l’Odyssée à l’histoire de l’art, des mythologies personnelles aux jeux de langues entre japonais et français. Le temps partagé et les saveurs forment une nouvelle histoire mirifique qui cristallise une expérience sentimentale, une atmosphère.
Nous deviendrons performance, en dégustant. »

Lucie LAFLORENTIE

Née en 1983 à Moissac, France
Vit et travaille à Toulouse
www.lesabattoirs.org/ressources/artistes/638/%20lucie-laflorentie

« Le travail de Lucie Laflorentie s’est fondé sur l’articulation entre son approche du dessin et son expérience du paysage (Canyon, 2005).  Hors de l’espace confiné de l’atelier, la jeune plasticienne réinterroge sa perception de l’espace, pose un rapport mouvant entre elle et l’environnement. De la fenêtre ouverte sur le monde au cadre omniprésent, Lucie Laflorentie ne cesse de déconstruire et reconstruire l’unité de l’image dans une mise en espace particulière. L’espace d’exposition devient le paysage de tous les possibles et de tous les points de fuite.
Ses installations architecturées conjuguent dépouillement bricolé et mise en abîme de la vidéo. Un jeu s’instaure entre espace de projection et de représentation, un nouveau partage du monde de l’image. L’installation Springkler (2008) traduit avec délicatesse et sobriété ce monde poreux où le module cagette devient l’élément constitutif d’une cabane ouvrant sur un paysage existant.
Le mythe de la cabane « in progress » est réinventé par la captation vidéo d’une lumière visible (arc-en-ciel) en perpétuel évanouissement. La machine (Springkler, moniteur) devient un écran, un intermédiaire, elle aussi plus ou moins trompeur.
Le trompe-l’œil se baroquise avec son effet détail-miroir dans Dehors (2008). Cette installation paradoxalement très « less is more », comme toujours chez cette plasticienne, impose sa présence monumentale dans une juste adéquation avec le contexte de l’exposition tel qu’il est.
Visible, invisible, fragmentation des plans, densification des volumes, c’est comme si le travail de Lucie Laflorentie se plaçait dans l’amorce de quelque chose ; quelque chose dont le cadre prédéfini, souvent posé comme une extension naturelle de la salle d’exposition (Veduta, 2008), capture notre attention pour mieux prolonger une expérience sensible et libre. C’est comme dans une salle de cinéma, s’asseoir ni trop près, ni trop loin de l’écran pour mieux voir le dessin de la ligne d’horizon. » Bernadette Morales

Marie-Luce NADAL

Née en 1984 à Perpignan, France
Vit et travaille entre Paris et la Catalogne
www.marielucenadal.com

« Aborder le travail de Marie Luce Nadal c’est accepter les incertitudes, convoquer des notions dites antinomiques, se perdre dans la rencontre des territoires et finalement réaliser qu’il n’y a rien d’arbitraire dans cet enchevêtrement de savoir.
Sa formation révèle son intérêt pour le mélange des genres, depuis ses études d’architecture à sa formation aux Arts Décoratifs de Paris, jusqu’à sa thèse réalisée en lien avec le Laboratoire PMMH (Physique et Mécanique des Milieux Hétérogènes) de Paris. Son travail vient naturellement de cette alliance entre science et art, alliance qui a peu à voir avec celles qu’entretenaient les artistes de la Renaissance, à savoir une volonté commune de se rapprocher au maximum de la réalité. Chez Marie-Luce Nadal on trouve une mise en lumière des différentes formes que peuvent prendre la recherche artistique et scientifique, que ce soit dans l’expérimentation systématique des matières, des techniques, dans la formulation d’idées ou encore le processus de fabrication. Cependant, et par-dessus tout, c’est à travers la place accordée à l’imagination qu’elle tisse son lien le plus fort entre ses champs de recherche. Cette imagination qui déverse parfois vers la folie quand il s’agit de quantifier, capter, matérialiser ce qui nous échappe et nous dépasse. […]» Clothilde Morette

Nicolas TUBÉRY

Né en 1982 à Carcassonne, France
Vit et travaille à Paris
www.nicolastubery.com

Sculpteur et vidéaste, Nicolas Tubéry conjugue les deux pratiques dans ses œuvres. Ses recherches récentes se concentrent sur le monde paysan d’où il vient : ses phénomènes atemporels, comme une foire aux chevaux, mais aussi plus conjoncturels comme les exploitations abandonnées par manque de repreneur. Quel que soit le sujet, il concentre son attention sur les gestes du travail, et sa fascination pour les détails est contagieuse. Observant tout en sculpteur, il adapte le matériel agricole en machinerie cinématographique, puis utilise les mêmes matériaux pour créer les structures monumentales dans lesquelles il projette ses films. Il parvient, avec affection et justesse, à donner une place à la ruralité dans l’art contemporain.
« […] Dans ses films, il regarde le monde en sculpteur : observateur muet s’attachant aux gestuelles, guettant les lumières, inspectant les textures, cherchant dans les corps humains, animaux, mécaniques ou architecturaux la tension, l’événement intime, le rythme, les relations tacites. Avant de se plonger dans le milieu rural, il se penchait déjà sur les rituels quotidiens dans d’autres contextes sociaux. Ses réflexions ont mué, mais elles continuent de toucher à ce qui différencie la captation d’une réalité et la pleine restitution d’une situation.
Les relations complexes de dépendance entre hommes et bêtes, entre marchands et de leurs marchandises, paysages et habitants, sont faites d’accords tacites. Elles passent par des langages davantage physiques que rhétoriques. Face à ses propres sujets, Nicolas Tubéry recherche aussi une connivence qui est au-delà du langage. Sculpteur quand il observe, mais aussi quand il tient la caméra, il transforme les instruments agricoles en machinerie cinématographique. […]
La situation du tournage et celle de l’exposition est finalement la même pour Nicolas Tubéry : il s’agit de mettre en œuvre les moyens de faire fusionner des regards étrangers – celui de la caméra ou celui des visiteurs – avec la scène qui se déroule devant eux. Faire naître les conditions pour que l’aspect sculptural d’un film et l’aspect cinématographique d’un objet dialoguent et se confondent. » Marilou Thiébault

Paul DUNCOMBE

Né en 1987 à Caen, France
Vit et travaille entre Caen à Paris
www.paulduncombe.com

« Paul Duncombe façonne des microcosmes, déserts intérieurs et averses de lumière par observation de paysages qui, dans leurs manifestations les plus infimes ou monumentales, révèlent leurs équilibres minutieux et les variations, régulations, dérégulations, sublimations que la présence humaine y déploie. Composant des œuvres à partir de cette somme de phénomènes et mouvements, il s’attache à ce que constituait pour Varèse un titre naturaliste comme Déserts : donner, au moyen de dispositifs artificiels, l’impression de la nature ; dire les liens entre ses composantes, leurs « correspondances », formulant cet Umwelt que constitue la somme de temporalités distinctes d’organismes réunis en un territoire commun.
C’est ainsi que, prélevant des morceaux de paysages, l’artiste tente leur maintien en vie au sein d’installations aussi sophistiquées que fragiles, porteuses de la possible finitude des créatures qu’elles abritent. Défricheur de friches urbaines, il en rapporte sur le lieu de monstration des débris – épaisses conduites d’eau, banc -, dont il entretient les mousses, insectes et plantes grâce à des dispositifs pourvoyeurs d’eau et de lumière (On the possibility of Life on a public bench, 2017). Là se joue la possibilité de la vie de ces créatures déplacées : question de transposition de milieu, de survie hors sol, dans un nuage d’éprouvettes (In Vitro, 2016-2017). Paul Duncombe s’emploie à transcrire la pluie qui tombe en néons clignotants (Ruzica, 2016), la croissance d’organismes vivants au travers de sculptures, dessins et partitions musicales. La pousse d’une petite plante sauvage est reconstituée numériquement, exprimée en volume figé comme un graphique détaché de l’objet de son analyse. La transcription musicale de ces mouvements (Clematis Vitalba (Soundscape), 2016), applicable à une flore vaste comme un paysage, laisse alors entrevoir la possible écriture d’une symphonie d’un monde bruissant comme une jungle, orageux, venteux comme un désert en formation. » Audrey Teichmann

Pierre MACHE

Né en 1959 à Petit-Quevilly, France
Vit et travaille à Perpignan
www.i-ac.eu/fr/artistes/737_pierre-mache

Il y a 2000 ans, le maître indien Hannyatara prononça cette phrase : « Une fleur éclot, et le monde se lève… »
2000 ans après, le monde est debout. Il marche, de plus en plus vite, et le paysage d’aujourd’hui n’a plus grand chose à voir avec celui des origines. Il a été profondément remanié par l’homme.
Je m’intéresse aux relations entre nature et culture depuis les origines jusqu’à nos jours. L’histoire à notre époque postmoderne est devenue un matériau qui vient retravailler tout le registre des formes, comme un flux, pour nous permettre de mieux penser cette relation privilégiée que nous entretenons avec le tout. Chaque geste artistique est une prise de position, un engagement, un pas en avant, qui nous pousse à sortir de nous-mêmes, comme nos ancêtres l’ont fait, du fond des cavernes…
Pour l’édition 2018 de L’AFIAC, je présente un ensemble de travaux élaborés cette année, qui visent à redéfinir cette frontière pas toujours très claire entre l’intériorité, notre subjectivité, et l’extériorité que symbolise ici le paysage. Il n’y a pas d’objet en soi, le sentiment qu’éprouve le regardeur face à la chose vue, perçue, est forcément conditionné par l’ensemble de ses acquis, eux-mêmes conditionnés par ceux de ses semblables. La nature est plus en profondeur qu’en surface, disait le peintre Cézanne, peindre d’après nature, ce n’est pas copier l’objectif, c’est réaliser des sensations…

A TEN YEAR WINTER

https://atenyearwinter.bandcamp.com/

« Mélange curieux et assez brusque de techno, d’éléments trap et de bruit.
C’est souvent sombre parfois violent, mais c’est aussi la fête au camping! »

 

REGARDER L’AGRESTE PAYSAGE | infos pratiques

 

AFIAC/Résidence | Jimmy RICHER

Jimmy RICHER

LE SPECTACLE DU REGARD CONTRARIÉ

Artiste en résidence de création au SAMSAH La Planésié, Castres
Ce projet s’inscrit dans le dispositif Culture Handicap et dépendance un partenariat DRAC/ARS.

Vernissage 05.07.2018 >>>18h
Jardin d’Empare | 15 rue d’Empare 81100 Castres
Exposition 05.07.18 > 05.09.18 | tous les jours

« Jimmy RICHER, artiste plasticien, diplômé de l’Ecole Supérieur des Beaux-Arts de Montpellier (Félicitations du Jury) est accueilli en résidence depuis le 7 mai au SAMSAH de la Planésié. Il nous plonge au cœur d’un univers difficile à circonscrire : mythologie, magie, contes, sciences, savoir populaire. Avec une certaine audace l’artiste pioche dans ces récits d’où surgira tel un cadavre exquis une œuvre hybride, intemporelle, proche d’une « petite cosmogonie ».

Le travail de Jimmy RICHER révèle les croyances enfouies et les imaginaires communs à tous les peuples excluant l’idéal, le modèle, le maître. Les différences s’additionnent et valorisent une pensée en mouvement, un savoir en perpétuelle mutation. Construction et déconstruction rythment et contrecarrent science et sapience, frayant la voie à un nouveau savoir, inconnu, en devenir.

Pour cette sixième résidence d’artiste, Jimmy RICHER nous propose de réfléchir à la notion de différence sans édulcorer son propos. A travers l’histoire du cirque, de la fête foraine, il s’en va explorer le rapport à l’autre. L’exposition à venir « Le spectacle du regard contrarié » nous conduit sur les traces des FREAKS (énergumènes) shows, des bêtes de foire, des zoos humains qui légitimaient le spectateur effrayé, frissonnant, en quête de jubilation. Ces monstres (femmes à barbe, nains, hommes tatoués, siamois, infirmes, hermaphrodites …) étaient exposés (monstre : étymologie montrer) pour divertir les populations. Ces pratiques largement répandues d’abord aux Etats Unis puis en Europe délimitaient « ce qui physiquement était différent de nous », des normes ! Depuis les années 80/90, il n’y a pas si longtemps, ces spectacles se raréfient. Toutefois d’autres figures du monstre ont succédé à ces usages immoraux qui fascinaient le début du siècle.

Cependant la théorie du stigmate est encore active dans les représentations du handicap en général. La notion de handicap prend des formes différentes au fil des siècles, se transforme. Je vous laisse apprécier, par vous-même, les origines du mot handicap issu d’une course de chevaux. La loi 2005 pour l’égalité des droits et des chances est l’une des principales lois sur les droits des personnes handicapées. N’est-elle pas le reflet de cette origine « Hand in cap » ?

XVIIIe – Course de chevaux « Tous les chevaux sont admis à y prendre part, chargés d’un poids qui leur est assigné par le commissaire des courses, en raison des qualités qu’on leur suppose […] Ce genre de course a été imaginé afin de laisser, même aux propriétaires de chevaux médiocres, la chance de gagner un prix. En effet, il peut arriver dans un handicap que tel cheval connu par son mérite porte le double du poids qui a été assigné à un cheval médiocre, ce qui égalise les chances ». (Définition du Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle de Pierre Larousse).

Jimmy RICHER, tout en subtilité, interroge un sujet sensible qui malgré notre contemporanéité, les progrès scientifiques, l’évolution des représentations (du malheur au sacrifice) ne se réduit à aucun savoir ou connaissance. L’autisme en est le paradigme. Quelque chose du sujet « handicapé » résiste à l’ensemble des discours, aussi avancés, érudits, soient-ils.

La singularité des personnes accueillies dans nos institutions est irréductible au savoir. C’est cette énigme que l’artiste met au-devant de la scène. Le spectateur ébloui que nous serons bientôt face à cette œuvre, sera, malgré lui, dans l’obligation de renoncer aux illusions de la connaissance.

Nous remercions infiniment la municipalité de Castres pour sa coopération. Jimmy RICHER exposera au jardin d’Empare, un petit jardin secret, à l’abri des regards. Et pour ne pas conclure je laisserai la parole à Jean Christophe qui nous a dit : « On nous verra ». »

Isabelle VASILIC, référente des projets Culture / Handicap et Dépendance

Plus sur Jimmy RICHER

AFIAC/Résidence Stéphan RICCI

ESPRIT D’ENTREPRISE

Stéphan RICCI

Et les personnes accompagnées des établissements de la Fédération APAJH : la plateforme pour adultes autonomes de Castres, la plateforme pour adultes autonomes de Lavaur, la plateforme EPRA Lavaur, Lautrec, Lacaune.

Artiste en résidence de création dans les établissements Jacques Besse à Lavaur sous la direction de Mme Christine SEBBAG et sous le commissariat de Patrick Tarres, directeur de L’AFIAC.
Ce projet s’inscrit dans le dispositif Culture Handicap et dépendance un partenariat DRAC/ARS.

 

Exposition itinérante:

28.06.18 > 12.07.18 | Salle Jean-François Laville | En Dûmes 81500 Lavaur

27.07.18 > 12.09.18 | Foyer d’hébergement  Jean Calastreng | Chemin d’En Roudil 81500 Lavaur

17.10.18 > 31.10.18 | Foyer de vie de Braconnac  –  81440 Lautrec

4.12.18 > 2.01.19 |Foyer de vie de Constancie | 81230 Lacaune

Restitution publique des œuvres l’artiste Stéphan Ricci réalisées dans le cadre de sa résidence au sein des établissements médico-sociaux Jacques Besse à Lavaur et, des créations des résidents produites au cours des ateliers de pratique artistique proposés par quatre artistes plasticiennes. Projet mené en partenariat avec les établissements de la Fédération APAJH du 7 mai au 28 juin 2018.

Stéphan Ricci, artiste plasticien, diplômé de l’École supérieure d’art de Perpignan a conçu son projet artistique en lien avec les personnes adultes en situation de handicap rencontrées pendant sa résidence à Lavaur. L’exposition produite dans ce contexte intitulée : « ESPRIT D’ENTREPRISE » se présente sous la forme d’un projet collectif, construit autour d’œuvres participatives incluant l’ensemble des personnes accompagnées et des personnels d’accompagnement des établissements Jacques Besse.
Ces œuvres sont réalisées à partir d’actions artistiques proposant une participation par un geste créatif accessible à tous. Cette démarche a une vocation solidaire de lien social dans le but de faire émerger des phénomènes esthétiques issus du travail collectif à travers un protocole cadré. Le jeu, le mouvement, le regard, le dialogue, le partage et l’écoute deviennent les outils de ses réalisations plastiques.

En parallèle à ce projet de résidence, des ateliers de création ont été proposés aux résidents de la Fédération APAJH (plateforme pour adultes autonomes de Castres, plateforme pour adultes autonomes de Lavaur et plateforme EPRA Lavaur, Lautrec, Lacaune). Animés par quatre artistes plasticiennes – Yvonne Calsou, Edwige Mandrou, Darla Murphy, Nathalie Thibaudeau – ces ateliers ont offert aux résidents la possibilité de créer leurs propres productions artistiques autour de la thématique de Stéphan Ricci. Tous ces œuvres seront présentées au sein de l’exposition « ESPRIT D’ENTREPRISE ». Exposition itinérante dans les établissements participants et lors des trophées APAJH au Caroussel du Louvre à Paris.

Plus sur Stephan RICCI

AFIAC/Café/Performance | Élise GIRARDOT & Cynthia LEFEBVRE

AFIAC/Café/Performance | Élise Girardot & Cynthia Lefebvre | CRISTAL LIQUIDE

Commissariat Patrick Tarres

Performance vendredi 4 mai 2018 à 19h à Fiac
6 place du Four 81500 Fiac
Entrée libre et gratuite

Élise Girardot et Cynthia Lefebvre, respectivement curatrice et artiste, déplacent le contexte de l’exposition sur la place du village de Fiac. Sur le fil entre fiction et réalité, Cristal Liquide se donne à voir comme une exposition performée et déambulée.

 

 

 

Plus sur Cynthia Lefebvre

Exposition | CATALANITÉS

CATALANITÉS | un ensemble d’œuvres issues de la collection des Abattoirs-FRAC Occitanie

Commissariat Patrick Tarres
En partenariat avec les Abattoirs-FRAC Occitanie

Performance 19h
Vernissage 20h
Exposition ouverte au public 08.05.2018 > 27.07.2018 – 10h-12h / 14h-18h
Espace AFIAC – 6 place du Four 81500 Fiac
Entrée libre et gratuite

CATALANITÉS

Antoni TAPIES | Josep UCLES | Antoni CLAVÉ | Jaume PLENSA | Susana SOLANO

Si le titre de cette exposition fait référence à la grandeur de la Catalogne et à l’ensemble de ses spécificités, son contenu s’articule autour de la pièce d’Antoine Clavé, Volem el estatut, à propos de laquelle Bernadette Morales écrit : « cet autodidacte catalan démontre moins dans son froissement séduisant et sauvage des crispations nationalistes que sa peur d’un nouvel enclavement»
Pas de postulat donc, mais un ensemble d’œuvres très éclectique allant de la néo figuration des années quatre-vingts avec Josep Ucles, au dessin sur papier du sculpteur Jaume Plensa, en passant par la sculpture radicalement minimaliste de Susana Solanò.
Fiac s’offre un voyage non exhaustif dans de plurielles catalanités.

 

19H AFIAC/Café/Performance CRISTAL LIQUIDE
Élise Girardot et Cynthia Lefebvre, respectivement curatrice et artiste, déplacent le contexte de l’exposition sur la place du village de Fiac. Sur le fil entre fiction et réalité, Cristal Liquide se donne à voir comme une exposition performée et déambulée.

AFIAC/Résidence | Florent DUBOIS

Florent DUBOIS

Le cygne triste et le crocus mordoré

Artiste en résidence de création à l’école primaire Claude Nougaro, Damiatte
Route de Graulhet 81220 Damiatte

Vernissage 13.04.2018 >>>18h
Exposition ouverte au public 06.05.2018. 10h>12h – 14h>18h

 

Né en 1990 à Besançon, diplômé de l’ENSBA de Lyon Florent Dubois est basé à Toulouse, où il vit, enseigne, et travaille.

Le travail de Florent Dubois pourrait avoir le charme d’un cliché touristique ; un goût que l’on devine pour la fétichisation du kitsch : ou comment faire du neuf avec du vieux (kitschen) et transfigurer l’art d’accommoder les restes. Des agencements bariolés, qui seraient ceux d’un glaneur-amoureux réifiant par appropriation, assemblent, comme dans Debutante’s Ball, les débris d’une fête où se figent, dans des objets scintillants et trompeurs, le mouvement de pom-pom girls épuisées et de majorettes adoratrices des hennins de magiciens disparus.
Peut-être que je me trompe, peut-être que je projette, mais c’est justement là le bénéfice de ces objets qui je l’admets, ont un véritable effet vaudou ou veau doux si vous permettez ce mauvais jeu de mots duchampien. Des objets-vélins donc, des objets-supports pour récits sculptés entre jeux de stationservice, tissus foirefouille, et attractions tir-aux-canards du Lunapark local. En somme des histoires folk, suffisamment berçantes pour nous hypnotiser et nous faire inventer des détails qui n’existent certainement pas.

Et puis il y a les dessins de Florent Dubois. Mi-bestiaire mi-herbier. Une collection de choses inachevées et comme prisonnières de son propre vouloir: celui de terminer ou non la ligne, de colorier ou non la joue. Des dessins de choses inexistantes ou détournées, comme des convocations un peu magiques. Évidemment il y traîne l’air léger de ces rituels wiccanesques et ricanesques, une danse des esprits qui placerait d’office Dubois dans les limbes de l’art brut. Mais justement non, ce serait trop simple (ou trop élaboré). On observe plutôt ici les gestes d’un conteur exquis, un « danseur de java » (si vous connaissez la chanson un peu oubliée de Dominique Dalcan), celui qui justement esquive exquisément.
Ce travail s’initie encore ; ce sont des passes dans le vide, celles d’un torero ayant compris qu’il ne sert plus à rien de tuer l’animal, mais plutôt de sublimer la desplante face au rien. On pourrait croire que les pièces une fois posées deviennent inactives, inaudibles. Elles sont pourtant, je le crois, chargées de duende. Ce dernier parallèle à la tauromachie s’en éloigne pourtant et rappelle ce très beau texte de García Lorca sur le jeu et la théorie du duende, intraduisible esprit frappeur qui habiterait les choses : où comment faire le portrait de l’artiste en envoûteur.

Catherine Guiral, août 2013

Plus sur Florent Dubois

AFIAC/Résidence | Floryan VARENNES

Floryan Varennes Straight Battlefield | Résidence de territoire Fiac/Graulhet | 2017-2018

Commissariat Patrick Tarres
Dispositif soutenu par la DRAC Occitanie, la Mairie de Graulhet et la Mairie de Fiac

//// WIP + Conférence + Expositions ////

06.02.2018 >>> 27.04.2018 – Work In Progress
Vous pourrez suivre le Work In Progress de Floryan Varennes à l’espace AFIAC | 6 Place du Four 81500 Fiac
Du mardi au vendredi :  10h-12h / 14h-18h

16.03.2018 >>> 27.04.2018 – Straight Battlefield
La deuxième partie de l’exposition sera ouverte au public
Maison des métiers du cuir |33 Rue Saint-Jean, 81300 Graulhet
Du lundi au vendredi 9h30-12h / 13h30-17h30

15.02.2018 – 14h30
Conférence de Floryan Varennes Parure, Parade & Médiévalisme au cinéma VERTIGO
L’artiste présentera son travail et l’avancement de son projet à Fiac et à Graulhet.
CINÉMA VERTIGO | 15 Plaine de Millet 81300 Graulhet

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– Straight Battlefield –

Reliques du futur

Pour l’exposition Straight Battlefield, Floryan Varennes a choisi de déployer le fruit de recherches prenant leur source dans une certaine approche de l’univers médiéval. Son travail est centré sur les relations entre les formes du corps et les traces laissées par son effacement. Les unités de base des oeuvres, sont la ligne et le signe.

Des éléments extraits de l’univers sociétal mis en scène par le biais de parties de vêtement, se sont imposés jusqu’ici dans son travail comme des reliques sans nom. Précision du détail, violence contenue de certains matériaux, tout dans son univers exprime une interrogation essentielle sur les liens entre symbole, corps et matière. Chaque ensemble d’œuvres a questionné la relation que nous entretenons avec nous-même lorsqu’elle s’exprime à travers des codes prégnants, étranges, puissants.

Dans cette exposition, le médiévalisme s’impose comme le cadre général d’un ensemble d’installations épurées et symboliques. Ce monde, dans notre imaginaire, est peuplé de tournois, d’étendards, de combats singuliers, de couleurs, de désir et de sacré. C’est à cette source que puise Floryan Varennes pour nous entraîner dans son univers étrange peuplé de sculptures à la fois épurées et extrêmement évocatrices. Les sources de cette exposition se trouvent dans une gravure d’Holbein le Jeune intitulée Bad War ainsi que dans La bataille de San Romano de Paolo Uccello. Les lances de cette gravure dressées, vers le ciel ou jonchant le sol, dessinent un mouvement ressemblant au déploiement forcené et violent d’une idée devenue abstraite, celle d’un combat. Quant aux bannières, elles mettent en scène chez Paolo Uccello un rapport d’appartenance basé sur la puissance du symbole.

Dans un premier temps, pendant du plafond, se présentent neuf étendards, Codex Novem. Trois styles, trois modes, trois pointes, trois fois trois, neuf grilles flottant dans l’air évoquent le souvenir, dans l’ambiance abstraite d’aujourd’hui, des neuf preux de l’histoire médiévale. Chaque étendard est une forme presque évidée de la puissance du symbole qu’il est censé porter et la grille qui le définit se met à raconter une autre histoire, celle de la captivité et du désir. Il s’est mué en une grille, un piège visuel et psychique au moins aussi puissant que ne l’était, autrefois, un symbole. Les étendards nous offrent donc une vision renouvelée de l’imaginaire médiéval. Ils projettent dans un réseau de segments imprégnés de notre époque, des questions qui ne cessent de hanter les corps anonymes mais excessivement vivants que nous sommes. Floryan Varennes, il est vrai, est hanté par des spectres qu’il anime d’une manière aussi exigeante que subtile. Il ne les représente pas, il les fait exister à travers l’ombre portée du monde des formes symboliques médiévales.

Il s’est pour cela, approprié le cuir qu’il fait chatoyer dans des couleurs incernables et iridescentes en le découpant en bandes fines, segments qu’il fait s’entrecroiser comme un grillage qu’il installe entre ciel et terre, et dans l’autre partie de l’exposition, au sol. Le cuir holographique des étendards est une sorte de « vrai faux » matériau. Ce cuir synthétique vient prendre à son piège le souvenir lancinant de l’amour courtois, du tournoi et des lances qui se brisent, du combat à l’épée. Ici les étendards qui faseyent dans la lumière du soir projettent au-delà du vrai et du faux des ombres qui se conjuguent, dans une nouvelle réalité visuelle avec celle, transhistorique, de l’art.

Dans un second temps on trouve, au sol, deux rectangles de couleur bleu, blanc et gris de la taille d’une piste d’escrime, Scrima Ex Scrima. Floryan Varennes, réinterprète les lignes et les trajectoires à partir du combat de référence qu’est l’escrime qui, pour lui, constitue la source de l’appareil formel et le principe d’engendrement des lignes qu’il déploient et qui, cette fois, se croisent au sol. Striant l’espace du tapis où se règlent les combats, les segments écartelés parlent la langue du duel. Le duel est la forme strictement codée d’une rencontre entre deux corps masqués, anonymes, lancés dans la bataille originelle, inoubliable parce qu’inscrite dans la mémoire de la chair qui veut la dépense, l’effort, le tremblement, la victoire ou la mort. Incidemment, l’air ambiant s’est empli d’une brume dans laquelle chacun se retrouve immergé. On se retrouve comme prisonnier dans la bataille d’une guerre passée, et l’on comprend que ce faux-semblant ne cesse de nous perdre.

Ce travail se déploie le long de ce fil invisible qui sépare les élans de la chair et des os, des vêtements qui les couvrent et relient la violence de la pulsion à la rigueur codée des gestes de l’échange. Le corps est une pensée qui se cherche dans les formes répétitives qui signalent l’existence d’un ordre. Il y a donc lutte, mais de quel ordre est ce combat, cette joute, qui se présente à la fois comme amoureuse, sexuelle et armée ? Aux lignes droites la délimitant répondent des stries, lignes produites pas les corps de ceux qui le parcourent, épée à la main. Il y a aussi, disséminés comme le signe d’une appartenance mentale, des anneaux, des boucles de ceintures disant l’attente des corps d’être libérés et enchaînés en même temps.

Le symbole évidé nous implique dans une projection incarnée. Chaque pièce réalisée dans ces cuirs complexes vient à nous comme une relique du futur qui s’impose comme son incarnation la plus actuelle. Si le souvenir ici est pure présence, tout ce qui apparaît se donne à la fois pour insaisissable et pour réel. Chaque pièce de ce dédale mental médiéval et contemporain explose dans l’espace de l’exposition en une théophanie. Ce que nous donne à voir Floryan Varennes, c’est un espace qui ne préexiste pas à la vision mais qui nous envahit telle une découpe dans une forêt de signes qui hantent notre inconscient collectif.

Jean-Louis Poitevin
Écrivain, Critique d’art, rédacteur en chef de TK-21 LaRevue

www.TK-21.com

Work In Progress

« En empruntant la démarche de l’historien, je fais appel à des investigations trans-historiques, celles du médiévalisme (souvenirs et reliques de l’ère médiévale). Pour déployer ma pensée, j’interviens alors sous forme de recherches basées sur des épiphénomènes datés (effets de modes, maladies, miracles, peintures, miniatures…), couplées à des symboles persistants (croix, losanges, cercle…). Cet intérêt pour les détails passés convergent dans mon iconographie à travers des systèmes d’attaque et de défense qui manifestent toujours un entre-deux, séduction et agression.
Ces fragments temporels sont greffés dans l’installation Straight Battlefield à Graulhet et à Fiac, où sculptures et installations puis objets, dessins et reproductions de miniatures agrandis expriment des questions de (re)présentation, de conflits et de duels.

Dès lors, dans le Work In Progress de Fiac – laboratoire de recherches évolutif – au sein d’un dispositif sculptural, mon rapport aux savoir-faire, à la répétition d’un même motif, est au cœur de mes réflexions sur la parure et ses hybridations. L’installation castrale se construit autour de l’élaboration d’un médiévalisme relatif au sport, l’escrime, avec ses règles, ses couleurs, son espace et ses codes : deux pistes d’escrime transformées en tapis et des étendards ajourés et alignés sont alors présentées de manière fragmentée. »

Floryan Varennes

Plus d’infos sur Floryan Varennes

AFIAC/Café/Performance | Darla Murphy

AFIAC/Café/Performance | Darla Murphy

Commissariat Patrick Tarres

Rendez-vous vendredi 2 mars 2018 à  21h au Café de Fiac
Entrée libre et gratuite

Née en Iowa aux Etats-Unis en 1987, Darla Murphy vit et travaille depuis huit ans en France. Suite à des projections et expositions en France comme en Finlande, elle réalise une exposition personnelle aux Etats-Unis l’hiver dernier. Elle a passé son diplôme en 2015 à l’Institut supérieur des arts de Toulouse avec les félicitations du jury et habite aujourd’hui entre le Tarn et l’Iowa.
Son travail est nourri de réflexions sur notre rapport à la nature et par les différentes perspectives culturelles qu’elle a expérimenté en partageant sa vie entre deux continents.

Ses recherches artistiques sont dirigées vers l’image du paysage naturel et comment cette image influence notre perception de l’environnement extérieur. S’emparant de l’aspect temporel de la vidéo numérique pour produire ses images, elle en crée des installations en passant également par le son, le dispositif, le volume et l’écriture.

Plus sur Darla Murphy

AFIAC/Conférence | Floryan Varennes

Floryan Varennes | Parure, Parade & Médiévalisme | 2018

Parure, Parade & Médiévalisme, abordera le travail de Floryan Varennes et de ses inspirations nourries de références issues aussi bien de la période médiévale (art et histoire), de la culture populaire (séries TV), de la sociologie de la mode ou encore des problématiques liées aux études des genres.

Dans le cadre du dispositif Résidence de territoire Fiac/Graulhet

Conférence le 15 février 2018 à 14h30, Cinéma Vertigo, Graulhet
Entrée libre et gratuite

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